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Doublé pour le Liban au Festival de San Luis
Du 16 au 25 novembre, sous le ciel argentin de la province de San Luis abritant des massifs montagneux, des sierras, des étendues salines, des paysages variés formant un plateau de tournage naturel de plus en plus convoité par les productions cinématographiques, s’est déroulée la 1e édition du Festival international de San Luis. Inauguré par «Before the devil knows you are dead» de Sydney Lumet et clôturé par «Good bye Bafana» de Bille August, le festival a aligné 22 longs métrages en compétition, dont «Eastern promises» de David Cronenberg, «Angel-A» de Luc Besson, «Les chansons d’amour» de Christophe Honoré. Et, succès oblige, le savoureux «Caramel» de Nadine Labaki, auquel le jury du Festival de San Luis a décerné le prix Opéra Prima Silver Puntano! «Caramel» continue ainsi à promouvoir avec panache le Liban de la créativité et de la culture. Présidé par Géraldine Chaplin, la fille du mythique Charlie Chaplin, le jury comptait parmi ses sept membres un autre représentant du Liban, Ghassan Abou Chacra, directeur des Affaires cinématographiques, théâtrales et des expositions, au sein du ministère de la Culture. Deux facteurs déterminants ont été à la base de l’invitation de notre directeur national du CNC: d’abord, l’Argentine étant la patrie d’adoption de quelques centaines de milliers de Libanais, il était naturel que le directeur du festival Julio Marbiz - personnalité marquante du cinéma argentin, qui a dirigé l’Institut national du cinéma de 95 à 99 et réanimé, en 96, le Festival de Mar del Plata après 26 ans de léthargie, et lui-même d’origine libanaise (de la famille Moarbes) - fasse appel à un collègue de la patrie de ses aïeux; mais surtout, la présence de Ghassan Abou Chacra à San Luis est due à l’initiative personnelle de Géraldine Chaplin: en septembre, l’actrice et le directeur du CNC avaient fait connaissance à Bologne, en Italie. Et le courant est si bien passé entre eux, que le printemps 2008 verra au Liban la tenue d’un fabuleux événement cinéma... qu’on annoncera en temps approprié.
..né.à Beyrouth
Et déterminé à y vivre
4 membres polyvalents pour un festival et une société de production, ..né.à Beyrouth, vraiment bien né en 2001, a grandi depuis. Il vient de fêter, en 2007, ses 7 ans sous le signe du 7e art et aborde sa 8e année, en 2008, sous le signe de l’infini.
En 2001, Pierre Sarraf et Nadim Tabet, de retour au Liban après une longue étape française, constatent qu’il n’existe pas au Liban de lieu ou d’événement «centralisant l’essentiel de la production cinématographique libanaise». Ils étaient bien en droit d’accuser le coup puisque, le cinéma, les deux compères l’avaient (et l’ont toujours) dans le cœur: Nadim Tabet est un réalisateur qui a fait ses études de cinéma en France et tourné des courts métrages au Liban alors que Pierre Sarraf - qui, lui, a décroché des diplômes de chimie et de management - est venu au cinéma parce qu’il voulait suivre «le chemin de la liberté».
Pierre revient sur ce constat-déclencheur effectué en 2001: «C’était une année charnière parce que le Festival international du film de Beyrouth, organisé par Colette Naufal, avait été suspendu en 1999 et celui de l’association Beirut DC était en phase de transition puisque la formule des Journées cinématographiques de Beyrouth n’a vu le jour qu’en 2002. La situation était donc la suivante: on rencontrait des cinéastes qui faisaient des choses intéressantes mais qu’il n’y avait pas moyen de voir. Ni en salles, ni à la télé. Ou alors, dans le meilleur des cas, un long métrage tous les deux ans. Il fallait donc réagir, donner de la visibilité à ces cinéastes car, quand bien même ces deux festivals auraient existé en 2001, le premier était à caractère international, et le second, à caractère panarabe, dans lesquels se diluait notre production locale. Or, pour la rendre visible, c’est-à-dire attirer des cinéphiles et des professionnels, dont des producteurs, des diffuseurs, des directeurs de festivals, il fallait lui offrir une place privilégiée en lui dédiant un événement.»
Ainsi, le Rendez-vous cinématographique ..né.à Beyrouth était né. Pourquoi ce nom sibyllin, à l’apparence tronquée avec ses deux points au début et défiant la ponctuation avec son troisième point? Loin de débiter des slogans creux, Pierre Sarraf répond: «..né.à Beyrouth, c’est une manière de signifier notre retour à Beyrouth, après notre “exil” pour diverses raisons. C’est une manière de réaffirmer notre désir d’ancrage. Donc, pour Nadim et moi, ce nom est venu spontanément. Et puis, avec les points, on s’est amusé à suggérer un codage puisque “né à” sont trois lettres du mot “cinéma”, que l’on retrouve en remplaçant les points par les trois lettres manquantes. Comme ces points pourraient aussi représenter des trous de balles venues cribler notre cinéma dans un pays en proie à des soubresauts meurtriers. Mais ce qui est clair, c’est que c’est le festival du cinéma né à Beyrouth, c’est son identité. Il a fallu donc définir ce que l’on entend par cinéma libanais: Quels films sont-ils éligibles? Les films libanais faits à l’étranger le sont-ils? ou les films étrangers faits au Liban? etc. On a résolu cela par la référence au cinéaste, au réalisateur, en posant que tout film conçu, réalisé par un Libanais ou une personne d’origine libanaise est un film libanais, indépendamment de l’origine du financement, du pays de production, de la langue du film…»
En 2001, le festival fait ses premiers pas. Bien que considéré avec beaucoup de sympathie, il n’est pas pris très au sérieux. En 2002, un troisième fana de cinéma embarque dans l’aventure, Wadih Safieddine. Journaliste, producteur et animateur de programmes télé culturels, producteur de musique…, «il a été séduit par le concept, dit Pierre Sarraf, d’autant plus que la perspective de créer une boîte de production commençait à pointer». Car ..né.à Beyrouth englobe aussi, depuis 2003, une société de production «dont la mission est de contribuer au développement de l’industrie cinématographique au Liban». «Jusqu’à ce jour, poursuit le codirecteur du festival et producteur au sein de la boîte, on a essentiellement coproduit avec la France des courts métrages et des documentaires. Mais on est en train d’essayer de passer d’une logique de coproduction minoritaire, où l’on est surtout producteur exécutif, à une logique de coproducteur majoritaire en initiant un projet et en le développant pour l’amener, clés en main, à un producteur étranger. C’est ce que nous faisons avec le projet de long métrage de Nadim Tabet, dont le tournage est prévu pour septembre 2008.»
En 2004, le festival, dont l’identité s’est affirmée, est rebaptisé Festival du film libanais. Ayant acquis ses titres de noblesse, son appel à participation est désormais attendu par un nombre de plus en plus grand de cinéastes. Gage de sérieux, en 2004 aussi, la Société générale de banque au Liban devient son partenaire officiel.
Entre-temps, la cinéaste Danielle Arbid («Dans les champs de bataille», «Un homme perdu»), figure de proue d’un cinéma défricheur et renverseur de tabous, a intégré l’équipe, apportant avec elle son savoir-faire et ses contacts avec les réseaux cinéma en France.
Aujourd’hui, après cette sixième édition d’une richesse évidente, ..né.à Beyrouth, sûr de pouvoir fédérer le meilleur de la production libanaise, est devenu un rendez-vous cinématographique incontournable.
* Début 2008, ne ratez pas le DVD de la 6e édition du festival, offrant une sélection de films courts représentatifs.
Rania Stephan
Ethnographie minimaliste
Le Festival du film libanais organisé par ..né.à Beyrouth a fourni l’occasion à nombre de cinéphiles et de professionnels de l’audiovisuel de découvrir la récente production de moyens et courts métrages de fiction, documentaires, d’animation et expérimentaux, réalisés par des cinéastes libanais indépendants et novateurs, au Liban et ailleurs.
Parmi la brochette de films qui ont particulièrement attiré l’attention, trois courts, extraits d’un corpus qui en comprend huit, intitulé «Liban/Guerre» et signé par Rania Stephan.
Cette cinéaste autonome a fait des études théoriques de cinéma en Australie, qu’elle a complétées en France, où elle a fondé, avec ses collègues de fac à Paris III, un petit collectif appelé Groupement d’intérêt esthétique, pour produire des films expérimentaux avec leur propre matériel. Elle a ensuite travaillé comme assistante sur des documentaires et des longs métrages, dont «Intervention divine» d’Elia Suleiman. Et parce que, «enfant de la guerre, comme elle le dit, je ne voulais plus me retrouver à nouveau ballottée par la grande histoire qui avait pris possession de la petite histoire, la mienne, et que je voulais résister à la contagion de la violence car je trouve que la guerre, c’est un tel manque d’imagination, que c’est dégueulasse, comme dirait un personnage de Godard dans “A bout de souffle”», elle a décidé d’aller vers les simples gens, victimes de l’agression sioniste de Juillet-Août 06, pour faire acte de résistance, d’existence.
Petite caméra numérique non agressive en main, seule, armée de sa physionomie avenante, elle commence sa quête par le centre-ville, puis va dans les écoles qui ont accueilli les réfugiés, ensuite dans les quartiers détruits de la banlieue sud et arpente enfin les localités rasées du Liban-Sud.
Résultat: 8 fenêtres sur de petits mondes, ceux des «gens qui n’ont pas de voix en général, mais qui ont quelque chose à dire», de très révélateur sur eux et notre société, quand on les écoute en étant «attentifs à leur manière d’être». 8 documents bruts, à portée ethnographique et sociologique, sans commentaires, sans musique et tournés en plans fixes ou en longs plans, bourrés de vérité humaine et d’humour, tel ce condensé dramatique de quelques minutes, plus éloquent que la plus approfondie des enquêtes, qui révèle au travers des témoignages de trois enfants toute la malfaisance de la guerre. Ces œuvres que les télés n’achèteront pas car elles ne cadrent pas avec leur formatage, circulent surtout dans les festivals, mais vous pourrez les visionner en contactant leur auteure via ranrounjoun@yahoo.fr.
Johnny Karlitch
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