![]() |
||
![]() |
|
|
![]() |
||
«Après avoir fait des études d’architecture à Beyrouth, je me suis spécialisé à Paris, où j’ai vécu pendant 7 ans, raconte Bassam. J’ai suivi de nombreux séminaires au Louvre, dont les thèmes portaient sur les meubles anciens et les tableaux. Et j’ai également obtenu un diplôme de graphic design des Beaux-Arts de Paris. Je suis un véritable passionné. Ma famille, c’est l’art, tous les genres d’art. La musique est mon passe-temps favori. Je fais également partie du Comité exécutif du Festival de Beiteddine.»
Un solide background qui a aiguisé son sens artistique et qui lui permet de bénéficier d’une expérience concrète en diversité culturelle. Une expérience qui, conjuguée à une expertise technique de haut vol et une imagination de concepteur hors pair, a mené Bassam à réaliser un projet à Bahrein, qui lui tient à cœur de par son caractère original.
En effet, Bassam Daher n’a pas lésiné sur la créativité pour mettre en œuvre ses idées très hétéroclites, dans un pays où les traditions ancestrales dominent et ont une approche parfois austère. Un défi qu’il a relevé avec succès grâce à la confiance et la grande complicité de sa cliente bahreinienne. A eux deux, ils ont, petit à petit, durant quatre ans, fignolé la décoration intérieure et extérieure de la maison comme un oiseau l’aurait fait de son nid, brindille par brindille.
Un mélange de cultures
et de traditions
C’est donc sur une surface habitable de 1200m2 à deux niveaux que Bassam a condensé tout son art. Un art de vivre et de beauté qui a demandé un énorme travail de recherches. Une aventure extraordinaire au fil des rencontres, des voyages, des lieux et des goûts de sa cliente, qui, tout à son honneur, se dépense sans compter pour créer un mouvement culturel au sein même de Bahrein. «Le but fondamental du projet, explique Bassam, était de partir du patrimoine culturel bahreinien et de s’orienter en continuité vers le futur. Il fallait intégrer les éléments du patrimoine tels que de vieilles pierres sculptées, des frontons antiques et toutes sortes de collections islamiques de l’Histoire, dans un cadre contemporain avec toutes ses exigences de confort et de respect urbanistique.» Avant de se lancer dans cette entreprise insolite, Bassam a étudié tous les aspects de Bahrein: sa culture, ses traditions, son urbanisme, son style architectural, sa lumière (de l’aube au crépuscule), ses paysages et les couleurs qui se déclinent en fonction du lieu et de l’heure. Bref, une étude poussée pour mieux cerner le cadre et les possibilités décoratives subséquentes: «L’homme actuel n’est plus limité par les frontières. Il voyage énormément. Tous les moyens de communication lui offrent une diversité d’approches culturelles. Il ne possède plus une seule nationalité, mais une multitude. Et cet hétéroclisme se traduit dans la façon dont nous nous habillons, dont nous mangeons et dont nous décorons nos intérieurs… C’est pourquoi, dans mon travail, vous trouverez toujours cette approche philosophique grâce au mélange de styles et de cultures.»
Un seul credo
Pour procéder à la décoration de cette maison, Bassam Daher avait un credo: Que la décoration soit dynamique, qu’elle bouge au gré des humeurs, qu’elle vive et fasse vivre, et qu’elle évolue avec le temps sans se démoder! «J’aime la décoration qui mélange les styles et les couleurs. J’apprécie ce qui est osé, hors du commun, et j’attache tout particulièrement de l’importance à l’harmonie des pièces et au rangement, car les rangements, les armoires, les étagères, ne sont jamais suffisants dans une maison. J’ai mis l’accent sur le confort tout en accordant une place prépondérante aux œuvres d’art pour qu’il y règne, non pas une froideur un peu exhibitionniste de musée, mais au contraire une ambiance chaleureuse, conviviale et reposante.» Bassam a choisi soigneusement les couleurs pour être en accord parfait avec ce que la nature bahreinienne offre: les îles, les plages, la mer, le ciel, les palmiers… Des tons crème, sable, olive, bleu azur et ébène se déclinent dans les tissus, les peintures murales, les marbres du sol, les colonnes, les cuirs… Un décor hallucinant d’ingéniosité ponctué de tableaux et d’objets d’art.
La fonction dénaturée
Si vous êtes habitués à une certaine idée de l’architecture et de la décoration, avec Bassam Daher, vous risquez d’être totalement bousculés: «Je suis anti-statique. Je déteste l’immobilité et plus encore l’immobilisme. J’aime tout ce qui bouge, car le mouvement est signe de vie, de vitalité et de jeunesse. J’aime ce qui évolue.»
Les toiles de maîtres ne sont plus suspendues aux murs, mais logées horizontalement dans des tables. Les colonnes pivotent. Les éclairages de tableaux éclairent des miroirs de salles de bain. Les livres sont rangés dans le dos des canapés. Les vases de fleurs s’encastrent dans des tables. Ces dernières s’agrandissent en fonction de l’humeur du propriétaire… Bref, décoiffement assuré pour les conformistes!
«J’ai une âme de troubadour, d’artiste un peu hors normes, dit-il. Je cherche à donner du caractère à la beauté. Si je ne suis pas convaincu par le travail qu’on me demande, c’est simple, je ne le fais pas! J’ai besoin d’une complicité, d’une relation harmonieuse avec le client. J’essaie alors de mettre en valeur ses goûts et d’y apporter de l’originalité. Par exemple, dans la salle de bain, j’ai opté pour un éclairage de tableaux, car cette attache murale éclaire différemment le visage de l’homme. Par ce changement de fonction, je salue l’être humain grâce à cet éclairage inhabituel.»
Décidément, Bassam ne fait rien comme les autres!
Régine Caufriez
Photos: Bassam Daher
|