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La calligraphie
Un pont culturel entre l’Europe et le Moyen-Orient

Quels liens y a-t-il entre l’écriture arabe et la marque hollandaise Hema, chaîne de supermarchés européens? Réponse: cinq jeunes graphic designers, frais émoulus - pour quatre d’entre eux - des universités AUB et NDU de Beyrouth, ont obtenu le premier prix du Concours international de Graphic design des Pays-Bas, qui a lieu à Amsterdam en novembre 2007.

Une innovation dans l’univers de la typographie
L’histoire commence avec Huda Smitshuijzen AbiFarès, une jeune Libanaise mariée à un Hollandais, auteure du livre «Typographic matchmaking». Dans un esprit d’échange culturel et d’abolition de préjugés sur la communauté arabe, la représentante de la Khatt Foundation (khatt ou calligraphie en arabe), une organisation à but non lucratif œuvrant pour développer et améliorer la communication (typo)graphique dans le monde arabe (visiter www.khtt.net), a révolutionné le monde de la typographie en demandant à 5 designers hollandais de s’associer à 5 designers arabes pour créer des caractères arabes avec «une touche hollandaise» dans le but, non pas d’occidentaliser la typographie arabe mais de la rendre plus contemporaine, avec un design qui s’harmonise avec la perception occidentale de la typographie. Pour la Khatt Foundation, la typographie doit servir de pont culturel entre l’Europe et le Moyen-Orient.

5: chiffre porte-bonheur?
Pour promouvoir le livre et parler de la culture arabe, la Khatt Foundation et la société hollandaise Mediamatic ont fait appel à 5 jeunes graphic designers, quatre Libanais: Raya Tuéni, 24 ans, Maria Hakim, 22 ans, Wael Morcos, 22 ans, Khajag Apelian, et une jeune Koweitienne venue de Dubaï, Abrar al Mussalem. «En Hollande, ils ont une idée très fausse des Arabes, explique Raya Tuéni, et c’est pour cette raison que la Khatt Foundation et Mediamatic ont organisé une exposition en Hollande pour le lancement du livre et la mise en pratique de ces caractères typographiques. C’est à ce moment-là que nous intervenons dans cette aventure… Nous avons été sélectionnés parmi de nombreux candidats. Ils nous ont envoyés en Hollande, et nous n’avions encore aucune idée de ce que nous devions faire là-bas. Ils nous ont dit qu’ils voulaient prendre le symbole le plus représentatif de la Hollande et le transformer en arabe. Et pour eux, ce qui est typiquement hollandais, ce qui définit leur culture, c’est la chaîne de supermarchés Hema. Hema vend ses propres produits éponymes, des produits basiques dans l’alimentaire, mais aussi des articles divers comme des vêtements, bicyclettes, jouets; bref, absolument tout ce qu’on trouve dans une grande surface commerciale.»

Hema devient El Hema,
le temps d’une exposition

Mais comment “arabiser” ce supermarché Hema? Là était le défi, un défi que ces jeunes créateurs ont relevé avec superbe. En un mois et demi, ils ont imaginé, calculé, dessiné, et finalement concrétisé un Hema arabe, appelé pour la circonstance El Hema. Sur une surface réduite d’exposition, ces cinq jeunes arabes ont présenté les produits d’El Hema à l’identique avec les étiquetages traduits en néerlandais, anglais et arabe dans les nouvelles typographies créées.  «Nous avons eu un énorme succès, raconte Raya Tuéni. L’exposition prévue pour un mois a duré presque 3 mois… Nous avons remporté le Dutch Design Award! Nous avions voulu rendre l’expo le plus vrai possible, et que l’endroit ressemble au vrai supermarché Hema. Alors, on a commencé à étudier l’éclairage, le rayonnage, le carrelage, l’infrastructure en général, tout ce qui caractérise le supermarché Hema. Nous avons proposé à la clientèle des articles qui présentaient des inscriptions en arabe, par exemple, des tee-shirts très fashion, des chocolats en forme de lettres arabes, de la faïence Delft avec un petit garçon en tarbouche, des tasses à café avec des logos arabes, des foulards keffieh, et tant d’autres articles…»

Un concentré de créativité

Lorsqu’on voit le résultat de cette exposition quelque peu insolite, lorsqu’on entend ces jeunes designers raconter leur aventure professionnelle, on réalise indéniablement que nos jeunes Libanais ont un énorme potentiel créatif qui ne demande qu’à s’exprimer. La Khatt Foundation et la société Mediamatic leur ont fourni cette opportunité. Un rêve qui, pour ces 5 espoirs du Moyen-Orient, est devenu une réalité. Grâce à ce prix, les portes se sont ouvertes pour ces jeunes qui ont trouvé un emploi dès leur retour aux bercails. Comme quoi, les échanges interculturels sont toujours très positifs.

Régine Caufriez