Charbel Atallah
Miraculeuse guérison

 

Charbel Atallah a été diagnostiqué à l’âge de 15 ans d’un cancer des ganglions (lymphome non hodgkinien). De rechutes en rémissions, il a vécu quatre années de souffrances et d’espoirs déçus. Jusqu’à ce que le miracle se produise, que le jeune Charbel se place parmi les élus de Dieu et que, par l’intercession de saint Charbel, la grâce de la guérison lui soit accordée.

Pourquoi lui? Nul ne le sait. Charbel, 19 ans, n’a pas de réponse à cette question: «On ne connaît pas les desseins de Dieu.» «Mais il est vrai que j’ai toujours eu une relation particulière avec saint Charbel», poursuit le jeune homme. On s’attend à des rosaires à longueur de journée, à une vie d’ascète. Il révèle en toute spontanéité: «Je vis normalement. Je ne prie pas plus qu’un autre. Je me rends certes régulièrement à la messe, mais il y a des jours où je ne dis qu’un Je vous salue et un seul Notre Père. Mais avec le cœur.» Il faut dire aussi que la famille emprunte très souvent le chemin d’Annaya pour visiter le couvent du saint libanais.
Là, dans cette maison près du pont de Amchit, la simplicité et l’hospitalité sont de mise. De ces lieux sans prétention logés au milieu de rares habitations se dégage une impression de bonté sereine. L’accueil est chaleureux. Les images du saint bienfaiteur trônent sur les tables, ceintes de bougies, de chapelets et de fleurs. Charbel, grand garçon au tee-shirt pailleté, a encore le crâne dégarni sous sa casquette et porte un jean trop grand: «D’accord, je suis encore un peu maigre. Mais il fallait me voir avant. Je me suis remis à très bien manger et je recommence déjà à grossir.»

Une enfance presque normale
Mirna, la maman de Charbel, évoque un petit garçon sans histoires, espiègle, turbulent et très intelligent. Rien de très particulier dans l’enfance de son fils. Dans cette guérison miraculeuse, point d’héroïsme pour cette famille, qui a gardé toute sa simplicité en dépit des allées et venues de la presse dans la maison, depuis l’annonce de la guérison. Elle ajoute: «Nous n’avons rien fait pour ébruiter la nouvelle. Cela s’est effectué tout seul.»
Comme toujours, dans le cas de destins particuliers, on cherche, on creuse dans l’histoire pour trouver ce qui a pu constituer un présage, une prédisposition: «Il est né dans le placenta. Ce qui est considéré comme un heureux augure. Le gynécologue m’avait alors annoncé que cet enfant me porterait bonheur.» La jeune femme ponctue ses propos de mots tendres à l’adresse de son second fils, qu’elle croyait avoir définitivement perdu.
Charbel a vu le jour, un 23 juillet, à mi-chemin entre la fête de Saint-Elie et celle de Saint-Charbel. Son père, qui voue un culte particulier à saint Charbel, lui a donné ce prénom.
Les anges semblent s’être penchés sur son berceau très tôt, puisqu’ils l’ont également doté d’une étonnante capacité de concentration, comme en prévision des mois entiers de congés scolaires forcés. En effet, malgré ses absences pour cause de traitements lourds, il a pu réussir toutes ses classes, en étudiant très peu. Une qualité dont il est tout de même fier. «En première, j’ai raté 6 mois d’école et j’ai réussi. Je n’étudie pas beaucoup mais je retiens très vite. Résultat: quand les autres passaient des jours et des nuits à réviser pour les examens, moi, je sortais veiller avec les copains», raconte-t-il en rigolant.
Autant comprendre qu’en dépit de la terrible maladie, Charbel ne s’est jamais départi de sa joie de vivre.

La terrible maladie
Il avait 15 ans, quand le cancer s’est logé dans son corps, brisant sa fougue et la vivacité de sa jeunesse. En dépit de souffrances parfois intolérables, Charbel ne s’est jamais plaint. Il a accueilli l’annonce de sa maladie avec calme. A 15 ans, on n’est pas sûr de réaliser la gravité de la situation: «Le médecin m’a tout expliqué, que j’allais perdre mes cheveux, les difficultés du traitement… Je me savais malade.» Le mal était nommé. Charbel n’a pourtant jamais envisagé le pire: «Je me savais gravement atteint, mais je n’ai jamais cessé d’espérer.»
Le jeune homme revient sur les premiers symptômes: «Je commençais à maigrir, je ne mangeais plus, j’avais des nausées, des vertiges, une fièvre incessante et des douleurs partout. Lorsque j’ai eu des ganglions, mon père s’est alarmé et on a consulté.» Un scanner a révélé la maladie. S’est déclenchée alors la spirale infernale des traitements lourds, suivis par des examens réguliers. Bref, une vie qui s’annonçait gâchée par la souffrance, les rémissions et les rechutes.
«Tout a commencé en 2002, raconte-t-il. Suite aux premiers examens, le médecin m’a prescrit 6 traitements. Par la suite, je me soumettais régulièrement à des examens de routine. Huit à neuf mois plus tard, le scanner a révélé une rechute. Nous avons repris la chimiothérapie, et il a fallu subir une autogreffe de la moelle osseuse.» Un moment particulièrement pénible dont se souvient douloureusement la maman du jeune garçon. «Il a énormément souffert, confie-t-elle. Il n’y avait plus de place sur ses bras pour les piqûres. Il a dû subir des ponctions dans le dos. Et puis, à chaque traitement, il devait rester de longues heures allongé sur le dos sans bouger. Cette fois-là, nous sommes restés plusieurs jours, lui et moi seuls, enfermés dans une chambre stérile de l’hôpital parce que son immunité avait dangereusement baissé.»

La dernière rechute
L’été 2006, cela faisait deux ans que Charbel se portait bien. La famille était soulagée, persuadée qu’enfin, le jeune garçon était définitivement guéri. Mais voilà que la maladie les surprend de nouveau en septembre, après la guerre de Juillet-Août, avec son lot de symptômes. Le monstre avait encore frappé sans prévenir. «Cela a constitué un choc pour nous, confie Mirna. Plus encore qu’auparavant parce que nous avions l’espoir de cette guérison définitive. Nous avions la certitude que Charbel avait enfin recouvré la santé.» D’habitude discret et patient, le jeune garçon accuse le choc. «Quand le médecin annonce la rechute, poursuit la maman, Charbel sort précipitamment. Je l’ai retrouvé assis par terre dans la rue, à même l’asphalte. Il sanglotait.» Il faut dire qu’à 19 ans, quand on a commencé enfin à vivre normalement, une telle nouvelle n’a pas le même sens qu’à 15 ans. «C’est comme si je réalisais ce qui m’arrivait tout à coup, avoue Charbel. Cela a été dur. Les douleurs reprenaient, je maigrissais à vue d’œil. J’ai perdu 10 kilos en 3 semaines. Les ganglions étaient réapparus. J’avais des boules sous les bras et j’avais mal aux os.»
Docteur Georges Chahine, l’oncologue qui a suivi Charbel, préconise deux séries de traitements: la première est entreprise en septembre, la deuxième doit débuter le 9 octobre.

Le miracle
Charbel se rend aux premières séances de chimio, revient à la maison et doit repartir à l’hôpital se soumettre à une immunothérapie. «J’étais au plus mal, se souvient-il. Je ne pouvais plus m’adonner à mes occupations habituelles, je ne tenais plus debout…»
Peu après le retour, entre les deux séries de traitements, Charbel a une apparition, trois jours de suite: «Je n’étais pas réveillé mais ce n’était pas un rêve. Saint Charbel était là, devant moi, bien réel. Il m’a dit: “A partir du début du deuxième traitement, tu te rendras tous les jours, pendant 12 jours, au couvent à Annaya.”» Le jeune garçon en formule le vœu. Autour de lui, on est encore sceptique. Comment accepter de suspendre le traitement pourtant préconisé par le médecin? Charbel doit se rendre à l’hôpital, le 9 octobre. Il y va malgré lui, en pleurant. Il explique le vœu, relate l’apparition. Peine perdue. Le traitement est enclenché. Et voilà que, durant deux jours, vers 11h30, saint Charbel visite à nouveau Charbel. Le jeune garçon le supplie alors de lui donner un signe pour confirmer qu’il n’avait plus besoin de traitement: «J’étais sous perfusions. Saint Charbel m’a dit: “Je te donnerai un signe quand tu te réveilleras.” A mon réveil, en effet, une chose tout à fait surprenante s’était produite: toutes les machines étaient arrêtées. Les sérums étaient fermés. Aucun traitement n’était en marche. Les infirmières arrivées sur les lieux n’avaient jamais vu un tel phénomène. Elles ne pouvaient fournir aucune explication.»
Les signes du ciel se poursuivent, abolissant les doutes des plus sceptiques. La nuit du 12 octobre, Charbel revoit saint Charbel qui lui tend les bras. Le jeune garçon répond: «Je ne peux pas me lever, je suis ligoté par mes perfusions.» Il avait une chambre implantable sur la poitrine (voir encadré). «J’avais un chapelet au-dessus du lit, poursuit Charbel. Le saint m’a dit: “Quand tu te lèveras, tu retrouveras le chapelet sur ta poitrine, et tu n’auras plus aucune piqûre.”» En effet, une fois levé, les perfusions glissent d’elles-mêmes, se détachant de son corps. Et le chapelet est sur lui.

Tatiana, l’élue de son coeur
Des projets, Charbel n’a jamais cessé d’en avoir. «J’ai vécu presque comme tous les jeunes de mon âge, explique-t-il. Je sors le soir avec des amis, j’ai continué à le faire même quand j’étais malade.» Seulement, comme les traitements ont parfois sapé son immunité, il devait être prudent: éviter le soleil, l’alcool, et puis, il y a cette dernière rechute dont on se souvient encore: «Je ne jouais plus au foot ni au billard, des activités que j’aime, parce que je n’arrivais plus à tenir debout.» Mais toute cette souffrance ne l’a pas empêché d’être toujours entouré, notamment par Tatiana, l’élue de son cœur. Comme tout autre jeune de son âge, il parle avec passion de sa copine. «Tatiana a été là quand j’ai rechuté. Quand elle m’a connu, j’étais chauve comme aujourd’hui. Cela ne l’a pas empêchée de m’aimer et de m’accompagner, avec toute sa famille. Elle restera peut-être avec moi longtemps», ajoute-t-il dans un clin d’oeil.
Charbel se rend régulièrement chez la jeune fille qu’il aide parfois dans ses études, lui qui y trouve tant de facilité.
Charbel ne se sent pas de vocation pour les ordres: «Je ne pense pas que ce qui m’est arrivé soit un appel. Au contraire, ce serait plutôt pour m’encourager à continuer à vivre normalement, pour cette jeune fille, peut-être…»
Aujourd’hui, la famille et Charbel en sont persuadés: la maladie est du passé. Charbel est reconnaissant. Il continue ses prières et se promet de venir en aide à tous ceux qui pourraient avoir besoin de lui: «J’ai inclus les autres dans mes prières.»
Au couvent de Saint-Charbel où, le 12 novembre, commémorant la miraculeuse apparition, ils ont fait dire une messe, le père supérieur leur a proposé de s’accrocher à leur prières, même si certains sont encore sceptiques - dont le père de Charbel, Nabil, qui demeure un peu inquiet pour son fils. Docteur Georges Chahine a voulu néanmoins maintenir l’examen de routine prévu après les fêtes de Noël, par acquit de conscience. Le Vatican va sans doute s’intéresser à ce nouveau miracle. Aujourd’hui, Charbel poursuit ses études de sciences informatiques, confiant en l’avenir. Chez les Atallah, la maladie n’est plus qu’un mauvais souvenir et la vie a repris doucement ses droits. Cette fois, c’est sûr, la guérison est définitive. Inchallah.

Isabelle Ghanem

 Peut-on parler de miracle?
L’avis du docteur Georges Chahine

«Charbel était atteint d’un lymphome de haut grade, dit anaplasique, c’est-à-dire d’une forme particulièrement agressive, avec atteinte osseuse (stade 4)», précise le praticien.
Peut-on parler de miracle? «Ce n’est pas tant la guérison de Charbel qui est miraculeuse - du moins, il est impossible encore de se prononcer -, mais plutôt l’arrêt des machines, lors de son hospitalisation. Les effets du premier traitement de chimiothérapie peuvent avoir provoqué une guérison momentanée et la régression des symptômes. Cela peut n’être qu’une rémission. En revanche, ce qui est tout à fait étonnant, c’est la suspension de toutes les perfusions, lors du réveil de Charbel. Et trois fois de suite. Cela ne s’est jamais produit auparavant, et nous n’avons aucune explication.
Charbel avait en effet ce qu’on appelle une chambre implantable, qui consiste en une série de perfusions sur la poitrine, administrées à travers une sorte de boîte placée sous la peau et reliée à une veine importante. Ces perfusions-là nécessitent une relance pour être enlevés. Nous aurions pu imaginer que Charbel ait manipulé ses autres perfusions dans son sommeil, mais c’est impossible pour la chambre implantable. En outre, il demeure tout à fait mystérieux pour nous que les piqûres n’aient pas laissé de traces de sang.
Pour nous, la deuxième série de traitements, que Charbel a refusée, était indispensable, d’autant que les rechutes dans ce genre de cas sont toujours très graves. Est-ce que Charbel est vraiment guéri? Nous le saurons quand la première année aura passé, à la lumière des examens de routine prévus tous les trois mois. Toujours est-il que la manière dont se sont déroulés ces événements reste tout à fait surprenante, surtout que, depuis la guérison de Charbel, les machines se sont remises à fonctionner tout à fait normalement.