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Rebelote. Fida, le cœur rempli d’espoir, épouse Assaad en secondes noces. Mariage en grande pompe et robe blanche. Douze ans auparavant, à 24 ans, elle avait franchi le cap avec un homme totalement différent de Assaad. Il l’avait maintes fois trompée, n’a jamais su garder un emploi et a fini par dilapider son héritage, dans des soirées arrosées d’éternel adolescent. Pas question de refaire les mêmes erreurs. Assaad est moins beau, certes - à 36 ans, on ne s’embarrasse plus des apparences -, mais il est attentionné, jouit d’une situation stable et jure fidélité.
Les constats
Quand on signe un contrat de mariage pour la deuxième fois, on jure que cette fois-ci sera la bonne. Or, les chiffres prouvent le contraire. Au Liban, les statistiques font défaut comme à l’accoutumée. En revanche, des statistiques américaines font état de 30% d’échec pour le premier mariage, contre 37% pour le deuxième.
Et les chiffres français ne sont pas loin: un deuxième mariage se solde plus souvent par un fiasco que le premier. Mais il ne faut pas perdre de vue ceux qui vont vers une paix durable. Inutile donc de généraliser.
Mais des interrogations surgissent. Alors que la deuxième expérience est supposée “réparer”, voire “effacer” la première, qu’est-ce qui la gâche parfois? Les spécialistes se sont penchés sur la question.
L’ombre
de l’ex
La volonté de “bien faire” tourne parfois à l’obsession, sapant toute spontanéité. Et un jour, ça explose, pour cause de trop-plein. Inutile de se suspendre aux illusions, la perfection n’existe pas en matière de relation, a fortiori de mariage. D’un côté, la personne qui se remarie vit dans la hantise des erreurs à éviter; d’un autre, le conjoint s’évertue de ressembler le moins possible au “premier”. Et le couple s’aperçoit qu’il ne fait plus que “réagir” à son prédécesseur.
Réparer ses erreurs n’est pas raccommoder le passé. Mais accepter de re-vivre, tout en comprenant le fonctionnement qui a pu mener à l’échec. R.H., 45 ans, mariée à deux reprises, relate: «Je ne peux pas m’empêcher de comparer mon mari actuel au premier. Je suis après lui à la moindre fausse note, lui rappelant les raisons de mon divorce. Quant à lui, il avoue être très jaloux de cet ex qui a partagé ma vie durant des années. Si bien que nous avons dû nous débarrasser de mes anciens meubles, qui évoquaient trop mon passé.» Les spécialistes sont formels: ce sont trois, parfois quatre personnes qui se retrouvent dans le lit conjugal, les ex et le nouveau couple. Voilà qui n’allège pas le problème.
La répétition des mêmes erreurs
Difficile de faire table rase. A côté du poids du passé, surgit ce qu’on appelle en psychanalyse la «compulsion de répétition»: «Il peut arriver, soulève Boutros Ghanem, psychanalyste, que l’on ait l’impression d’éviter les erreurs du passé en choisissant un conjoint avec une personnalité opposée au précédent. Mais cela peut n’être que les deux faces d’un même fonctionnement. Face à des personnes qui nous semblent différentes, nos comportements, notre façon d’être et d’appréhender les situations restent les mêmes.» Les pouvoirs de l’inconscient sont impénétrables!
Le psychanalyste Jean Lemaire évoque dans son ouvrage, «Le couple, sa vie, sa mort», l’exemple d’une femme qui quitte son mari pour violences conjugales. Elle se remarie avec un homme au tempérament calme. Au fil du temps, ce deuxième mari devient violent à son tour. Quelque chose dans le comportement inconscient de la jeune femme a fait revenir cette violence avec laquelle elle a toujours vécu. Pour la psychanalyse, en effet, la conduite amoureuse est liée à l’enfance. Elle est indissociable de l’image du couple parental. «Il s’agirait, ajoute Boutros Ghanem, d’un processus de répétition par lequel on essaierait de retrouver un premier objet d’amour. Et ce n’est pas conscient: il arrive qu’on décide résolument de ne pas imiter ses parents et qu’on finisse par se retrouver enlisé dans une histoire semblable.»
Apprentissage affectif?
Pour certains spécialistes, en outre, il n’y aurait pas d’apprentissage à proprement parler en matière d’expérience amoureuse. Et pour cause! Ce qui amène la rencontre ne relève pas du rationnel mais de l’affectif. Résultat: ce sont souvent les mêmes attirances et les mêmes comportements qui nous sont dictés et qui remontent à l’enfance. «En effet, renchérit Boutros Ghanem, parfois nous amenons nos relations à réagir de manière similaire pour ressusciter une situation enfantine.» M.G., 50 ans, deux fois divorcée, témoigne: «Mon premier mari ne faisait aucun cas de moi. Obnubilé par son travail, il a oublié qu’il avait une épouse et des enfants. C’est moi qui ai demandé le divorce. Mon second mari était différent. Né fortuné, il n’avait pas le souci de renflouer la caisse familiale ou de faire carrière. Je l’ai quitté quand je me suis rendue compte qu’il comptait sur moi en tout. Face à mon hyperactivité, il était devenu bon à rien.»
M.G. avait-elle contribué au laisser-aller de son second époux? A-t-elle opéré deux “mauvais” choix successifs? Toujours est-il que quand des histoires douloureuses se répètent, il convient de se poser des questions.
Le social invasif
Les raisons psychologiques ne sont pas les seules à pouvoir saboter la nouvelle union. La pression sociale dans un pays comme le nôtre n’est pas négligeable. Il est évidemment mal vu de divorcer au Liban, à plus forte raison de se remarier, le couple - généralement uni devant Dieu - étant aux yeux de tous voué à l’éternité pour le meilleur et pour le pire. Pas facile de survivre au milieu des regards de reproche ou de culpabilisation. Cela se corse encore plus quand des enfants sont nés de la première union. «Pour les enfants, explique Boutros Ghanem, le nouveau compagnon ou la nouvelle compagne vient prendre la place du parent parti. Résultat: les enfants peuvent très bien monter la tête de l’un ou l’autre parent contre le nouveau partenaire, qu’ils tiennent pour responsable de l’échec de leur couple parental.» En outre, la perturbation des enfants met la pression: «Les résultats scolaires de mon fils de 8 ans étaient en chute libre. Il ne tenait plus en place, se réveillait comme un bébé toutes les nuits. Il envahissait ma vie au point que je ne savais plus quelle place donner à mon couple», relate S.J. Pas facile de se désembourber d’une telle situation, mais il faut faire preuve de fermeté pour ne pas subir le jeu tout en restant diplomate et compréhensif. Un équilibre difficile à maintenir.
Quand ça marche...
…C’est qu’on a pu opérer une certaine introspection qui permet de comprendre la dynamique du couple précédent, mais aussi son propre fonctionnement. Car même s’il est pénible de l’admettre dans un divorce, les erreurs sont toujours partagées. Si l’on reconnaît sa part et qu’on arrive à dépasser le blâme de l’autre, on a des chances de mieux vivre sa nouvelle relation.
Le second mariage qui marche serait aussi celui qui survient plusieurs années après le premier: l’âge n’est plus le même, la vie a modéré la fougue de la jeunesse, et permis de comprendre, pour mieux dépasser. Et ce serait sous-estimer le pouvoir du temps que de se croire à 40 ans le même qu’à 20. De l’avis de Jean-Georges Lemaire, il faut attendre le travail de deuil nécessaire à une maturation. En effet, un temps psychique de réflexion est indispensable avant de reformer un couple. Il permet le recul nécessaire à une vision claire.
Parfois, il faut l’admettre, la première expérience est une erreur de jeunesse. J.F., mariée en secondes noces avec T. depuis 15 ans, raconte: «A 20 ans, j’étais étudiante au Canada. Seule, paumée, j’ai été prise en charge par mon copain de l’époque. C’était l’amour fou. Nous nous sommes mariés très vite. La vie quotidienne a tôt fait de lever le voile sur nos différences. Lui s’est isolé pour s’adonner à la peinture, et j’ai repris ma vie d’étudiante. C’était circonstanciel et, surtout, lié à l’immaturité de la jeunesse. J’ai rencontré T. à 28 ans, et nous nous sommes fréquentés pendant deux ans avant de convoler.»
Jamais deux sans trois? En matière de sentiments, il ne faut jamais dire jamais. Il n’y a pas de fatalité, heureusement. «Tout, ajoute Lemaire, réside dans le “sens” qu’on accorde à sa relation.» De plus en plus de couples se recomposent, levant le tabou du divorce et du remariage, se donnent le droit de dire non après oui, et puis oui encore, de recommencer à tout âge, de dépasser la culpabilité d’avoir raté le coche une première fois. Comment ne pas “répéter”? Il n’y a pas de recette en matière de réussite conjugale, s’accordent à dire les spécialistes, sinon qu’il est indispensable de repenser en permanence sa relation, et de sortir de l’illusion que ça va tout seul.
Isabelle Checrallah
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