Carmen Lebbos
Une actrice hors série
Carmen Lebbos ou la spontanéité rayonnante.... Une seule entrevue suffit pour tomber sous son charme si naturel, tant l’actrice en elle fusionne dans la femme qu’elle est, et vice-versa.
Tout en raflant les prix dans son pays d’origine et à l’étranger, Carmen Lebbos avoue aimer la célébrité mais pas jusqu’au point d’en perdre la tête. Elle souligne que c’est une lutte perpétuelle pour dissiper l’illusion de la gloire, modérer le tourbillon de la célébrité, et recevoir avec lucidité le flux des éloges. D’ailleurs, la réussite pour elle ne repose que sur la passion: «Je suis passionnée par mon métier. Et puis les gens m’aiment, c’est l’important.» «Mais ceux qui prétendent ne pas aimer la célébrité et les honneurs sont des menteurs», ajoute-t-elle.
Le secret de sa réussite? «Mon désir, c’est de vivre plusieurs vies en une seule. Je le réalise à travers mes rôles, tout en incarnant chacun de la manière la plus fidèle et sincère», répond l’actrice. Ce besoin vital de troquer un rôle contre un autre, l’enfant Carmen l’a découvert en regardant la télé. Fascinée par les lumières, fascinée par les histoires, elle cherchait souvent à “plonger” dans l’écran. Ses parents posaient alors une table, une barrière entre elle et le poste, pour refréner sa fougue juvénile.
C’est cette même fougue indomptable qui la fera débuter toute jeune au théâtre. Peu après, un public plus élargi la repérera dans ses apparitions télévisées. Mais la consécration, elle l’obtiendra du grand écran, dans des rôles émouvants: «West Beirut», «Civilisées», «Dans les champs de bataille», «Lila dit ça», «Zozo», «Tout ce que Lola veut»…
C’est une évidence, la caméra l’aime. D’ailleurs, sa vraie passion, c’est le cinéma: «J’ai de la satisfaction à jouer devant une caméra. Le théâtre, lui, offre un background indispensable au comédien mais l’attitude y est intensifiée, tandis qu’au cinéma, il faut minimiser l’expressivité, travailler les nuances, le regard… Et dans la vie, je suis plus proche, dans mes réactions, de ce genre de travail sur soi.»
Pourtant, la télé continue de lui faire la cour. Et Carmen de multiplier les rôles marquants: la vamp blonde du feuilleton «Entre Beyrouth et Dubaï», qui sirote tranquillement son jus dans un café chic de Hamra, est l’opposée de la paysanne brune qui porte une écharpe dans «Maleh ya bahr». A propos de ce dernier rôle: «C’est une expérience exceptionnelle pour moi que de jouer en face de Mahmoud Saïd. C’est un grand acteur que j’admirais comme tout le monde, à l’époque où je rêvais d’être actrice.»
Quand il s’agit des relations humaines ou de la femme tout court, Carmen Lebbos retrouve une ardeur révolutionnaire pour se lancer dans des slogans, à sa manière, qui prônent la sincérité, l’authenticité, la fidélité et la transparence dans la vie sociale. Et elle n’omet pas d’attaquer les médias et les femmes obnubilées par le matraquage publicitaire et la mode aux dépens de leur personnalité et de leur âge: «Elles finissent par se ressembler toutes. Pour celles qui exagèrent le plus, il suffit de regarder leur profil pour déceler une sorte de perchoir où un oiseau pourrait se poser!» Lequel? «Les lèvres!»
Carmen redevient très sérieuse quand elle parle de ses projets. Elle nous en a dévoilé trois. Le premier: elle projette d’étudier la mise en scène aux Etats-Unis; le deuxième: sa participation en tant que conceptrice et animatrice à deux programmes de télé qui traitent de cas sociaux; le troisième: une idée inédite, celle de créer une association qui prendra en charge les artistes arabes du troisième âge. Carmen a confirmé avoir déjà entamé des contacts avec certains responsable de la Ligue arabe.
Ainsi, l’ardente héroïne de l’écran libanais affirme une fois de plus l’authenticité d’un talent qui se ravitaille à la source de son humanité.
Fadia Farah Karlitch