Samar Mouakat Balaa
Un ange au chevet des enfants malades
Dans l’univers encombré et mécanique de la médecine moderne, Dr Samar Mouakat Balaa, hématologue oncologue au CCCL (Children’s Cancer Center of Lebanon), a su préserver sa dimension humaine. Elle a vite compris que la médecine ne peut être exercée qu’avec le coeur.
Dans sa clinique du CCCL, Samar nous reçoit avec un calme et une sérénité indestructibles, témoins de son parcours exceptionnel. Car, dans sa vie professionnelle comme dans sa vie personnelle, Samar aime sans compter, et c’est ce qui fait sa réussite. Dès le début, elle a voulu marquer une différence dans la vie des patients qu’elle soigne. C’est pour cette raison d’ailleurs qu’elle a décidé de s’investir dans l’oncologie pédiatrique et d’assumer ce choix: «Au cours de mon internat à l’AUBMC (American University of Beirut Medical Center), la vue des enfants cancéreux et de leur famille m’attristait. Le cancer est toujours vécu comme un drame familial. J’ai alors compris que je voulais me spécialiser en oncologie pédiatrique. Actuellement, l’évolution des connaissances médicales ayant permis la mise au point de nouveaux protocoles thérapeutiques, la guérison est devenue possible. A titre d’exemple, on estime à 85% le taux de guérison des leucémies chez les enfants. Ceci ne peut que renforcer mes convictions. Chaque enfant guéri de son cancer est un ange qu’on gagne parmi nous. Et cela n’a pas de prix. Je soigne actuellement une petite de trois ans. Son intelligence est surprenante. J’ai l’impression qu’elle comprend tout, la nature de sa maladie tout comme les effets secondaires de sa chimiothérapie. Au téléphone, c’est elle qui prend la parole et qui s’informe sur la prochaine conduite à tenir, pour tout traduire par la suite à sa mère, et en langue française, je vous en prie!»
Mais si la plupart des enfants peuvent aujourd’hui vaincre leur maladie, d’autres, même s’ils sont beaucoup moins nombreux, peuvent en mourir: «Au moment de choisir ma spécialité, je n’avais pas réalisé à l’époque que j’allais bientôt devenir mère, et que je m’attacherais à mes patients comme s’ils étaient mes propres enfants. Perdre un malade est sans doute ce qu’il y a de plus difficile dans mon métier. Mais je me reprends pour ne pas lâcher prise, pour ne pas abandonner les autres enfants qui, eux, ont encore une chance de guérir.»
Avec ses patients, Samar s’investit à fond. Une maman en témoigne: «Il est arrivé que Dr Mouakat passe 72 heures au chevet de mon enfant, sans dormir. Grâce à elle, il est guéri.»
Un investissement professionnel aux dépens de sa famille? Pas du tout. «Petits, mes enfants se plaignaient de mes absences répétées de la maison. Aujourd’hui, ils ont 14 et 12 ans et ont compris la nature de mon travail. Ils sont satisfaits de la qualité du temps que je passe avec eux. D’ailleurs, avec mon mari à mes côtés, la gestion du foyer familial est tellement plus facile.»
Mais lorsqu’on se décide à travailler dans le domaine de l’oncologie pédiatrique, il ne suffit pas toujours de bien traiter les enfants. Il faut aussi s’apprêter à pratiquer le social: «La facture du traitement se chiffre toujours à plusieurs milliers de dollars. Un coût que même des citoyens de la classe moyenne n’arrivent pas à assumer. Avant la fondation du CCCL qui traite gratuitement les enfants non couverts par un tiers payant, la tâche était double. Il ne suffisait pas d’administrer les bons traitements, mais il fallait aussi plaider auprès des associations caritatives pour régler la facture. A ce propos, je me permets d’évoquer le défunt Pierre Abou Khater: sans son aide, de nombreux enfants n’auraient pas pu accéder aux soins qui leur étaient nécessaires. Il prenait à sa charge tous les frais d’hospitalisation et n’hésitait pas à envoyer un enfant à l’étranger en cas de nécessité. Cet homme donnait sans compter.»
Fidèle au serment d’Hippocrate, Samar évoque l’homme auquel elle doit tout son savoir et son art médical, son professeur de médecine, Dr Salim Firzli: «A mes yeux, ce pionnier de l’oncologie pédiatrique était une source intarissable de connaissances. Il m’a transmis son savoir et son savoir-faire et m’a enseigné les règles du jeu en médecine.»
Féministe, elle ne l’est point: «Je n’ai jamais cru qu’il existait une guerre entre l’homme et la femme. Tous deux jouissent de la même capacité de raisonner s’ils reçoivent le même enseignement, et des mêmes chances de succès s’ils se mettent à plein cœur dans leur travail.»
Carla Hajj