Nayla de Freige
Jongle avec des chiffres et des lettres
PDG du mensuel économique Le Commerce du Levant, administrateur délégué du quotidien L’Orient Le Jour, Nayla de Freige a réussi à se tailler un nom à la mesure de son talent. Un parcours de combattante qu’elle mène avec fermeté et ténacité, mais avec la discrétion et l’élégance racée qui la caractérisent.
La femme qui n’a pas fini d’osciller entre le monde des chiffres et l’univers des lettres, orchestre dans une parfaite harmonie sa vie professionnelle et familiale.
Infatigable, Nayla de Freige garde un enthousiasme infaillible quand elle parle de ses multiples projets. Des projets à foison puisqu’elle vient de fonder avec un groupe de personnes une ONG, Silex, qui entend promouvoir et lancer des talents en herbe libanais. La culture, son champ de prédilection qui a marqué le début d’un parcours qui vaut le détour!
A peine le diplôme en économie de l’Université américaine de Beyrouth en poche, Nayla de Freige assiste, à l’instar de milliers de Libanais, impuissante, aux prémices de la guerre au Liban. «On n’a même pas eu droit à la cérémonie de remise de diplômes à cause de la situation ambiante», se rappelle-t-elle. Pas de pluie de confettis, donc, mais un cercle destructeur, vicieux et déstabilisateur, dans lequel cette jeune maman va être entraînée, malgré elle, en essayant de lutter, voire de survivre à sa façon. Un exutoire: le travail. «Entre mon rôle de mère de famille, mes différents déplacements locaux et à l’étranger pour fuir le spectre de la guerre, avec sur les bras des enfants en bas âge, j’avais quand même un besoin de m’occuper intellectuellement en décrochant un emploi qui me permette de trouver un équilibre entre toutes ces composantes», souligne-t-elle. «La génération Kalachnikov», une enquête à plusieurs volets, menée de pair avec le cinéaste Maroun Baghdadi et publiée dans L’Orient Le jour, dévoilera ses talents de journaliste et son intérêt pour l’univers juvénile. Des talents qu’elle fignolera durant un séjour à l’Hexagone au milieu des années 80, en s’attachant à raconter aux jeunes l’histoire du pays du Cèdre sous le titre: «L’histoire illustrée du Liban». «Un petit tour dans les librairies m’avait permis de remarquer le manque de documents en la matière à la portée des jeunes, déclare cette ex-vice-présidente du comité du Festival de Baalbeck. J’ai contacté une amie, archéologue de formation, Maria Saad Pascalides, un illustrateur, Fadlallah Dagher, et ensemble, on a entrepris ce travail passionnant qui nécessitait un tas de recherche et de documentation et qui a eu la chance d’être édité par la maison Larousse.»
Puis ce fut la rencontre. Issa Goraieb, alors rédacteur en chef du quotidien francophone, lui propose de se pencher avec une poignée de personnes sur un projet susceptible d’intéresser et de s’adresser aux jeunes. Ainsi, le supplément hebdomadaire «Les Copains» voit le jour. Nayla de Freige se verra bientôt responsable de ce support qui, outre l’ouverture sur le monde extérieur, permettait aux jeunes Libanais dispersés sur l’ensemble du territoire de se rassembler autour d’un projet commun, celui de l’information et de la culture. Une décennie s’écoule. Une routine s’installe. Nayla de Freige met le cap sur le monde des chiffres, en tenant le gouvernail, en 2000, du Commerce du Levant, unique mensuel économique francophone local. Deux ans plus tard, Nayla de Freige sera l’instigatrice, cette fois-ci, d’un mariage d’amour et de raison entre Le Commerce du Levant et L’Orient Le Jour: «Ces deux supports médiatiques appartenaient à deux groupes de presse distincts. Le mensuel économique se trouvant dans une impasse financière, il fallait le tirer d’affaires en proposant une synergie entre ces deux entités sous forme de partenariat.» Comme le concubinage était de mise, Le Commerce emménage dans les locaux de L’Orient. Un partenariat bien consommé qui vaudra à Nayla de Freige le titre d’administrateur délégué du quotidien francophone. La routine reste la bête noire de cette dame qui croit à l’épanouissement de la femme dans le travail, épanouissement qui ne saurait se réaliser sans une harmonie avec l'équipe professionnelle et un entourage favorable: «Mon mari m’a toujours encouragée à aller de l’avant, à ne jamais renoncer à ma carrière.» Ainsi, derrière chaque femme épanouie, il y a un homme!
Michèle Messarra