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Mère de cinq enfants, Maritta Frem est le cœur et le moteur de ce projet, et c’est avec passion qu’elle en parle. «Un primaire gratuit à support communautaire», c’est ainsi qu’elle décrit le Paradis d’enfants, l’école fondée par Les Amis de l’école publique, sous la présidence de feu Georges Frem, ancien ministre. «L’objectif du Paradis d’enfants est de combler les lacunes académiques aux niveaux préscolaire et primaire des élèves de l’école publique», explique-t-elle. Elle précise que l’association a décidé de fonder cette école après s’être rendu compte de l’impossibilité d’améliorer la prestation au niveau du primaire au sein même des établissements publics. En clair, cette école gratuite est ouverte aux enfants de foyers à revenus très limités, afin de leur assurer une bonne base académique avant qu’ils ne rejoignent l’école publique dès le complémentaire.
Le Paradis d’enfants a commencé en 1997 comme une petite école de quartier, située dans les locaux des Sœurs des Saints Cœurs, qui ont apporté leur soutien au projet. 33 élèves étaient inscrits la première année. «Nous avons dès le début travaillé sur la pédagogie, la psychologie, en restant très attentifs aux problèmes que pouvaient rencontrer les enfants», explique Maritta Frem. La renommée de l’école a grandi, en premier lieu parce qu’elle était gratuite, mais aussi en raison de la qualité de l’enseignement. «Les parents venant de milieux défavorisés avaient désormais un choix supplémentaire pour offrir à leurs enfants une éducation meilleure», se souvient-elle. L’école s’est dotée d’un bureau social pour recruter uniquement les enfants de familles en situation précaire: orphelins en priorité, pères emprisonnés, parents ouvriers journaliers, etc.
Aujourd’hui, l’école a beaucoup grandi, et s’est décentralisée en quatre centres: Jounieh, Haret Sakhr (local de Dar el Omm, appartenant à la Fondation Frem), Sehaïlé (actuellement jusqu’en onzième, mais ajoutant une classe chaque année) et Ghosta (pré-scolaire uniquement). Le Paradis d’enfants compte désormais 1200 élèves, avec 90 salariés et une trentaine de bénévoles pour l’éducation (notamment des bénévoles françaises pour enseigner des activités parascolaires) ou pour la collecte de fonds. L’école collabore par ailleurs avec le Centre culturel français pour développer son programme éducatif.
Mais le plus remarquable dans cette initiative, c’est qu’elle responsabilise la communauté. «Tout le monde participe au succès de l’entreprise, même les parents, explique la directrice générale. Ils payent - s’ils le peuvent - une somme symbolique, ce qui les rend plus concernés par l’éducation de leurs enfants que si l’école était complètement gratuite, ainsi que nous l’avons constaté. D’un autre côté, ils participent en apportant leurs services: dans le transport, si le père est chauffeur de bus, par exemple; dans l’entretien s’il est peintre ou menuisier, etc.» La Fondation Frem assure la survie du projet, même si l’école organise ses propres activités de collecte de fonds. Chaque membre de la communauté peut participer aux frais en parrainant un enfant ou en soutenant l’école d’une manière ou d’une autre.
Maritta Frem ne peut que constater que les besoins sociaux se font de plus en plus pressants à mesure que les conditions socio-économiques se détériorent. «Le nombre de demandes augmente chaque année, révèle-t-elle. L’année dernière, quelque 250 demandes nous sont parvenues pour la petite section uniquement, alors que nous ne disposons que de 130 places. Nous nous trouvons ainsi acculés à refuser des enfants qui mériteraient pourtant d’être là.» Elle précise cependant que l’école devrait encore décentraliser ses centres, transférant la branche de Jounieh vers Bouar (Ftouh Kesrouan), pour se rapprocher encore plus des parents et leur éviter des frais de transports élevés.
«Le plus important est de fournir à nos enfants une éducation de haut niveau. C’est notre capital», conclut Maritta Frem.
Suzanne Baaklini
* Pour plus d’informations, appelez la direction générale à Haret Sakhr, tel: 09/642038
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