Gisèle Hajjar Harb
La pharmacienne du cœur
Sa réputation dépasse les frontières sociales, attirant dans sa pharmacie accueillante des clients en quête d’un petit plus qui fait toute la différence. Portrait hommage.
En entrant dans la pharmacie Hajjar pour la première fois, le client de passage risque de se sentir dérouté. Se trouve-t-il dans un drôle de dispensaire de quartier à l’ambiance chaleureuse ou bien dans un centre d’accueil convivial où les gens viennent épancher leurs peines et leurs joies? Et puis, où est la pharmacienne?
En fait, ce client de passage ne restera pas longtemps dans la perplexité. Car, bientôt, un visage irradiant de générosité vers lequel convergent tous les regards attirera immanquablement le sien. Une voix chaude, franche et rassurante, viendra confirmer cette première impression, et, souvent, un rire tonitruant éclairera l’atmosphère, dissipant les nuages et les humeurs sombres: Gisèle officie, à son poste de prédilection, celui qui ouvre sur les cœurs.
Amis lecteurs, sachez qu’en découvrant ces lignes, l’héroïne de cet article sera autant surprise, sinon plus, que vous. En effet, Gisèle Hajjar Harb aurait opposé un refus net à toute interview, déclarant qu’elle ne recherche pas la promotion de sa personne mais qu’elle trouve sa satisfaction dans l’accomplissement de son devoir à l’instar de tout pharmacien intègre, et - argument massue - qu’elle ne tient pas à contrevenir à la consigne de l’Ordre des pharmaciens d’éviter la médiatisation de ses membres. Mais le journaliste, lui, a pour devoir de témoigner de l’action positive d’une citoyenne qui accomplit sa tâche dans un esprit de solidarité et de fraternité, et sans faillir au code de déontologie de sa profession.
Car cette pharmacienne, hautement qualifiée, est tout bonnement surnommée «bonne maman» ou la «mère des nécessiteux» ou encore l’«ange gardien» par ses fidèles “clients”, toutes classes sociales confondues.
Aussi, notre client de passage ne manquera pas de se sentir fondre quand il verra la prêtresse des lieux s’accroupir aux pieds d’une “patiente” et passer une main guérisseuse sur les lésions de la peau de ses jambes. “Guérisseuse”, car cette main attentionnée et rassurante semble dire à sa cliente qu’elle n’est pas pestiférée et que son affection va se résorber. Le voilà, le secret de la réputation de Gisèle: une qualité d’écoute qui lui fait consacrer des dizaines de minutes à écouter et conseiller chaque client pendant que les autres attendent leur tour dans la bonne humeur, une proximité et un contact physiques qui sécurisent ses visiteurs et expriment toute la tendresse et l’affection qu’elle sait prodiguer, en complément de l’ordonnance médicale qu’elle suit scrupuleusement en expliquant patiemment comment utiliser tel ou tel médicament prescrit par le médecin.
«J’ai confiance en elle, déclare spontanément Agnès A., femme au foyer. On sent bien qu’elle aime sa profession. Plus que ça, c’est sa vocation. Parce qu’elle aime son prochain. Avec Gisèle, c’est le “service après-vente” par excellence: elle nous harcèle en demandant de nos nouvelles, en exigeant que nous venions chez elle régulièrement pour suivre l’évolution du traitement. Souvent, elle donne discrètement des échantillons à des personnes dans le besoin. Je le sais de source sûre. Plus de 20 ans que je la connais et plus de 20 ans qu’elle nous couve.»
Gisèle Hajjar Harb est née et a vécu son adolescence au Sénégal. Par la suite, venue au Liban, elle fait ses études secondaires au Collège des Saints Cœurs, Sioufi. «Elle était décidée à devenir pharmacienne, révèle son époux, l’avocat Jean Harb. Elle a fait ses études de pharmacie à l’université de Montpellier. Elle s’est aussi spécialisée en cosmétologie. Gisèle est généreuse de nature. Et elle n’est nullement protocolaire: simple domestique ou PDG, elle les traite de sa même manière franche et directe.» Mère d’un garçon, Roland, 28 ans, ingénieur pétrolier, et de deux filles, Murielle, 25 ans, ingénieur en environnement et énergie, et Josiane, 21 ans, étudiante en économie et finances, Gisèle Hajjar Harb, à l’exemple de toutes les mères actives, a appris à gérer son temps pour concilier sa vie familiale et professionnelle. Mais maître Jean Harb avoue que le métier de son épouse est «très absorbant». Normal, le cœur ne compte pas. «Gisèle aime venir en aide aux gens de tout son cœur, affirme Nicole A-R., enseignante. Elle ne se laisse pas brider par l’esprit de commerce. Très charitable, très humaine, elle se donne entièrement. Parfois, au détriment de sa personne.»
Johnny Karlitch