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Changement climatique au Liban
Des ressources d’eau plus rares, des périodes de sécheresse plus longues

Début janvier, des pluies torrentielles, comme on en avait rarement observées de mémoire de Libanais, n’ont mis que quelques heures pour inonder les rues de Beyrouth et des autres villes. Ces journées extrêmement pluvieuses ont été suivies d’une longue période de sécheresse et d’un froid intense. Inondations et neiges ont même affecté des capitales régionales peu sujettes à de tels phénomènes comme Baghdad ou Ryad. Auparavant, en juillet et août 2007, des pluies inhabituelles pour la saison, accompagnées de petites tornades, se sont abattues sur le Liban-Nord et le Mont-Liban. Si l’on ajoute à tout cela les grandes perturbations qui semblent se faire de plus en plus fréquentes de par le monde, peut-on en déduire que l’on assiste désormais aux conséquences, si redoutées, du changement climatique?

A chaque fois qu’un expert est interrogé sur la relation entre un événement précis (inondation, tornade…) et le réchauffement planétaire, dont la réalité ne fait plus de doute selon les experts internationaux, celui-ci répond invariablement qu’il n’est pas aisé d’imputer au changement climatique un événement précis ou même une série, mais qu’il est possible de définir une tendance donnée. Pour en revenir aux pluies torrentielles et autres phénomènes d’une violence inhabituelle, Fifi Kallab, experte en socio-économie de l’environnement, rappelle que l’une des conséquences prévisibles du changement climatique est la récurrence de ce que l’on appelle des «conditions météorologiques extrêmes».
Fifi Kallab connaît bien le dossier puisqu’elle a fait partie des dix-huit experts qui ont planché sur l’étude relative aux prévisions climatologiques concernant le cas libanais (terminée en 1999). Cette étude avait été réalisée avec l’aide du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), et présentée dans le cadre des rapports nationaux du Groupe intergouvernemental d’experts sur le changement climatique (GIEC), qui s’inscrit dans le cadre de la Convention cadre des Nations unies sur le changement climatique (UNFCCC).
Selon cette étude, qui reste une référence en la matière, les températures au Liban pourraient augmenter de 3 à 5 degrés d’ici 2080. Qu’est-ce que cela signifie? Fifi Kallab explique que chaque degré ainsi calculé équivaut à environ 300 mètres d’altitude. En d’autres termes, avec un degré de plus, le climat d’une localité qui se trouve à 300 mètres d’altitude sera semblable à celui de la côte aujourd’hui. Imaginez alors une augmentation de 3 à 5 degrés!
En gros, les conséquences sur le Liban se résument comme suit: malgré quelques pluies torrentielles (intenses et courtes), la tendance globale sera à davantage de sécheresse et à un taux de précipitations de plus en plus inférieur aux moyennes annuelles.

La courbe descendante des précipitations ces dernières années semble confirmer ces scénarios pessimistes. Comme le souligne notre spécialiste, les zones arides et semi-arides devront s’étendre (notamment dans le Hermel et au Qaa), et l’agriculture sera le secteur le plus touché.

Recrudescence de maladies
Mais c’est l’appauvrissement des ressources en eau qui se fera le plus cruellement ressentir, que ce soit au Liban ou dans les pays de la région en général. D’une part, l’élévation du niveau de la mer (due à la fonte des glaciers de l’Antarctique et du Groenland et à la dilatation des océans en raison de la chaleur) pourrait affecter les sources d’eau côtières, en y provoquant une intrusion saline (augmentation du taux de salinité dans l’eau potable, qui devient alors imbuvable). D’autre part, la diminution du taux des précipitations aura pour résultat des périodes de sécheresse de plus en plus sévères et longues, alors que, sur des périodes plus courtes, les conditions extrêmes provoqueront des inondations et l’érosion des sols.
Et le plus grave sera le manque d’eau potable dont souffrira la population. L’experte en socio-économie de l’environnement revient sur les chiffres de l’étude qui avaient été calculés par l’expert Salim Catafago: les demandes quotidiennes devront passer de 215 litres par jour en 2000 à 260 litres en 2015 (vu la croissance démographique), alors que la quantité d’eau disponible tourne autour de 100 à 150 litres par jour. «L’étude recommande de freiner la contamination des nappes superficielles et phréatiques, de pratiquer la décontamination de l’eau potable par des filtres et de sensibiliser la population à la rationalisation de l’utilisation de l’eau», dit-elle. En d’autres termes, il faudra que chacun de nous apprenne à économiser l’eau, et que des mesures soient prises par l’Etat pour empêcher la pollution des sources existantes et pour retenir l’eau des précipitations (qui, aujourd’hui, se déverse majoritairement dans la mer). Or, quand on voit nos responsables si distraits par leurs querelles intestines et qu’on constate à quel point les questions environnementales sont reléguées au bas de l’échelle des priorités nationales, on ne peut qu’être pessimistes quant à une prise de conscience rapide de la gravité de la situation…
En ce qui concerne la richesse de nos ressources hydrauliques et, par conséquent, nos perspectives futures d’approvisionnement en eau potable, il faut retenir un facteur crucial: la diminution de l’enneigement sur nos cimes à mesure que les températures grimperont. Outre l’incidence sur les saisons de ski, ce phénomène aura des conséquences dramatiques sur nos vies. En effet, la plus grande partie des sources d’eau disponibles au Liban consiste en des sources souterraines (nappes phréatiques) alimentées par l’eau de la fonte des neiges (alors que l’eau des pluies, tombant sur des surfaces de plus en plus construites, donc de plus en plus imperméables, finit généralement dans la mer). Moins de neige signifie donc des sources d’eau plus pauvres et moins de ressources disponibles.
Il faut compter aussi une autre conséquence sur nos vies: la possible détérioration de la santé publique. Fifi Kallab, qui a examiné les conséquences socio-économiques du réchauffement au Liban, parle de plusieurs types de maladies pouvant apparaître ou s’aggraver en raison de ce phénomène: il y a tout d’abord les maladies transmissibles par l’eau, qui devront se multiplier à mesure que les ressources se feront plus rares et plus exposées à la contamination bactériologique. Il y aura aussi les maladies transmises par des insectes, dont la plus dangereuse, la malaria, aura une extension géographique plus importante (à titre d’exemple, des cas de paludisme sont apparus au Liban chez des personnes n’ayant jamais voyagé). Il faut évoquer enfin les maladies transmises par les animaux (la consommation de viande crue deviendra plus hasardeuse), et les maladies respiratoires qui se feront plus aigües à mesure que la pollution augmentera, sachant que les maladies respiratoires causées par le froid diminueront dans les montagnes.  

Que fait-on au Liban?
Malgré les sombres perspectives du changement climatique, on constate peu d’efforts déployés au Liban pour protéger les ressources, diminuer l’utilisation des énergies fossiles (essence, mazout…) ou initier les changements nécessaires pour prévenir les conséquences du réchauffement planétaire, aux niveaux de l’agriculture et de l’approvisionnement en eau potable notamment. Le Liban a, certes, signé et ratifié le protocole de Kyoto pour la lutte contre le changement climatique, mais ses organisations officielles restent peu actives dans le domaine.
Qu’en est-il de la population? Elle demeure généralement peu sensible à ce genre de problèmes, comme le prouve ce chiffre avancé par Waël Hmaïdane, directeur de la toute nouvelle ONG, IndyAct (Ligue des militants indépendants): selon une enquête préliminaire effectuée par l’organisation, moins de 5% des Libanais seraient au courant de la réalité et des conséquences du changement climatique, et seraient par conséquent prêts à prendre des mesures pour diminuer l’utilisation de pétrole et passer aux énergies alternatives.
Ces dernières, notamment l’énergie solaire, ont fait l’objet de plusieurs campagnes menées par des organisations de la société civile, ainsi que d’une campagne médiatique organisée par le PNUD et le ministère de l’Energie, il y a quelques années. Le passage aux énergies propres est considéré comme un moyen incontournable pour lutter contre le réchauffement. Fifi Kallab estime, pour sa part, que le seul changement notable au Liban ces dernières années a été la multiplication des foyers ayant installé un système de chauffe-eau solaire, même si leur nombre reste insuffisant et qu’il faut adopter, selon elle, une législation qui rendrait systématique le recours à ce système.
IndyAct, pratiquement la seule ONG arabe à attaquer de front le problème du changement climatique, a organisé en décembre une marche symbolique qui s’est avérée un succès puisqu’elle a recueilli 2000 signatures pour sa pétition. Cette pétition demande à la Ligue arabe (qui compte plusieurs des pays pétroliers les plus riches, eux aussi responsables de l’aggravation du réchauffement planétaire) d’adopter une position plus ferme et plus active au sein des négociations mondiales sur le prochain traité international concernant le changement climatique, en 2012, au Danemark. 

Suzanne Baaklini

Un phénomène naturel exacerbé par les
activités humaines

D’où vient le phénomène du réchauffement global? Il s’agit en fait d’un phénomène naturel exacerbé par les activités humaines. En effet, les gaz à effet de serre, principalement le gaz carbonique (CO2), l’ozone (O3) et le méthane (CH4), existent dans l’atmosphère à une quinzaine de kilomètres au-dessus de la surface de la terre, et ce sont eux qui assurent à la planète son climat tempéré. Or leur quantité a augmenté de manière exponentielle depuis l’avènement de l’ère industrielle, avec l’utilisation du charbon puis du pétrole. Au Liban, ce sont les secteurs du transport et de la production d’électricité qui contribuent principalement à la pollution de l’air par ces gaz. Dans les pays développés ou en développement (comme la Chine et l’Inde, qui talonnent les Etats-Unis dans la liste des principaux pays émetteurs de gaz à effet de serre), l’industrie est une source très importante. Or l’épaississement de cette couche de gaz dans l’atmosphère contribue à y piéger les rayons du soleil (qui, autrement, se seraient reflétés plus rapidement), d’où la hausse des températures et le réchauffement de la planète. Les conséquences sont multiples: inondations, périodes de sécheresse anormalement longues, fontes des glaciers (surtout aux pôles nord et sud, une fonte qui se serait accélérée de 75% ces dix dernières années en Antarctique, selon un article récent de la revue Nature Geoscience, qui cite une étude du Jet Propulsion Laboratory de la NASA), élévation du niveau de la mer, qui devrait noyer des portions entières du littoral dans le monde et entraîner d’importants déplacements de population.…

Une évidence: ne pas prendre de mesures contre le réchauffement nous coûtera bien plus cher
Il ne se passe plus un jour dans le monde sans qu’on parle du changement climatique, de l’une ou l’autre de ses conséquences, ou encore des nécessaires modifications de la vie quotidienne pour contribuer à réduire les émissions de gaz à effet de serre.
A un niveau mondial, de grands événements ont eu lieu ces dernières années. Il y a eu, en octobre 2006, la publication du très important rapport de l’économiste britannique, Sir Nicholas Stern, pour le compte du gouvernement de Grande-Bretagne, qui a chiffré à 5500 milliards d’euros les pertes attendues en raison du changement climatique si rien n’est fait pour en minimiser les effets. Stern a estimé que les pertes pourraient être équivalentes à 20% du PIB mondial. C’est le premier rapport qui prouve que ne pas ralentir la production mondiale coûterait à la communauté internationale jusqu’à trois fois plus cher que de prendre les mesures nécessaires pour faire diminuer les émissions.
L’année 2007 a également été riche en événements relatifs au changement climatique. La plus haute autorité mondiale en la matière, le Groupe intergouvernemental d’experts du climat (GIEC), a publié son quatrième rapport en novembre. C’est cette instance (qui n’est pas un organisme de recherche mais de synthèse, faisant partie de l’ONU) qui a établi avec certitude que le réchauffement était dû aux activités humaines (faisant taire les voix sceptiques) et qui donne ses recommandations aux gouvernements en vue de limiter la hausse de la température de la terre à deux degrés par rapport aux moyennes de l’ère pré-industrielle (la hausse atteint actuellement 0,8 degré). 
Dans ce rapport, le GIEC estime donc que la hausse des températures pourrait aller de 1,1 à 6,4 degrés selon les prévisions plus ou moins pessimistes (cela dépendra des mesures que prendra la communauté internationale). Parmi les conséquences, les experts ont établi qu’une hausse supérieure à 2,5 degrés mettrait en péril d’extinction 20 à 30% des espèces mondiales, alors qu’une hausse de plus de 4 degrés en affecterait plus de 40%. Crises alimentaires, dangers sanitaires et déplacements de populations auraient lieu. L’augmentation mondiale du niveau de la mer irait de 18 à 59 centimètres. Les risques d’inondations augmenteront de 10 à 40% dans les régions humides, et il y aura de 10 à 30% moins d’eau dans les régions sèches (comme la nôtre).
En décembre 2007, s’est tenu le sommet de Bali (dans le cadre du suivi de Kyoto), dont l’importance a consisté dans l’élaboration d’une feuille de route de l’après-Kyoto (le nouveau traité qui sera adopté en 2012 lors du sommet de Copenhague). La principale critique formulée contre ce sommet de Bali a porté sur le fait que les pays n’ont pas défini de seuils précis d’émissions à respecter, mais les négociateurs se sont défendus en soulignant que c’était la seule manière de garder dans la course des pays récalcitrants (comme les Etats-Unis, responsables de 22% des émissions mondiales et qui s’étaient retirés de Kyoto, ou encore la Chine).

 Ces gestes individuels qui sauvent
Ce sont de petits gestes quotidiens qui font une grande différence. Car la lutte contre le réchauffement climatique ne s’opère pas seulement au niveau des gouvernements et des organisations internationales, mais aussi au niveau de chacun d’entre nous. Voici quelques-uns des gestes quotidiens à adopter pour économiser de l’énergie et des ressources:
- éteindre les lumières dès qu’elles ne sont plus nécessaires;
- ne pas laisser des appareils électroménagers branchés après leur utilisation;
- ne pas garder la télévision ou l’ordinateur en veille, les éteindre complètement;
- ne pas laisser la porte du réfrigérateur ouverte trop longtemps;
- utiliser des lampes qui économisent l’énergie: elles coûtent plus cher mais durent dix fois plus longtemps;
- choisir les appareils électroménagers qui économisent l’énergie;
- éviter de faire fonctionner plusieurs de ces appareils en même temps;
- baisser ou éteindre le chauffage et le chauffe-eau durant son absence. Le chauffe-eau à lui tout seul peut représenter 40% de l’énergie d’un foyer;
- ne pas laisser le chargeur de son portable branché s’il n’est plus utilisé;
- se montrer parcimonieux dans l’utilisation de l’eau potable;
- bien réparer les robinets et les chasses d’eau pour éviter les fuites;
- installer un chauffe-eau solaire: outre son coût original, il économise toutes les factures d’électricité ou de mazout par la suite;
- garder le climatiseur à une certaine température.
Et la liste est encore longue. Ces gestes sont simples, mais il suffit d’y penser. Il faut peut-être se souvenir que ce n’est pas seulement la planète qui y trouve son compte, mais le portefeuille aussi, puisque les factures s’en trouveront allégées!