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Des propos de Khatami à ceux d’Assad
(1e partie)

Le discours du président Khatami a été une leçon de pragmatisme politique et de compréhension de l’identité, de la spécificité et de la réalité du Liban. On aurait souhaité que tous nos dirigeants, du plus grand au plus petit, apprennent, eux aussi, cette belle leçon de reconnaissance et d’hommage envers ce pays et ce peuple.
Mais le discours du président Khatami porte en lui plus d’un message, à la fois à destination des Libanais, des Arabes, et particulièrement des Etats-Unis.
Concernant le Liban, la position du président iranien prend remarquablement en compte le respect de notre pays et de ses caractéristiques propres. Il a su choisir des termes riches de sens, lesquels termes sont proscrits par les responsables libanais, pour la raison - et quelle piètre raison! - qu’ils sont en contradiction avec la position du pouvoir - encore plus piètre! - qui cherche à éradiquer le confessionnalisme.
Khatami a inauguré son allocution avec la reconnaissance du pluralisme libanais confessionnel, intellectuel et culturel, considérant que ce pluralisme est le trésor qui caractérise le Liban et lui permet de jouer un rôle efficace et décisif dans la région et dans le monde au niveau du dialogue des civilisations.
Khatami a aussi employé le terme de «coexistence», beaucoup plus expressif que l’expression de «vie en commun», parce qu’il y a vu, et avec raison, que ce terme définissait mieux la réalité libanaise.
De même, le président iranien a rafraîchi la mémoire de ceux qui avaient oublié que le Liban ne pouvait exister que par le dialogue, la démocratie et l’ouverture. Mieux, il a adopté une position bien claire par rapport à l’intégrisme, lequel dénigre l’essence même du Liban, puisqu’il se pose en contradiction avec l’identité libanaise.
Le président iranien a aussi rappelé que le dialogue était la seule manière de résoudre les problèmes car il implique la reconnaissance de l’autre, et que la particularité du Liban résidait dans sa pluralité, sa démocratie et sa liberté, ce qui en fait un exemple pour les pays de la région dans le cas où ces derniers voudraient eux aussi évoluer. Et il a précisé que l’expérience libanaise était en elle-même exemplaire pour le monde entier.
Quant au message du président iranien adressé au monde, et surtout à l’Amérique, c’est un message de dialogue, d’ouverture et d’impartialité, qui rejoint le discours du sayyed Mohammad Hassan Fadlallah, mais qui se démarque des propos du guide spirituel de la République iranienne, Ali Khamenei, et du secrétaire général du Hezbollah, le sayyed Hassan Nasrallah.
Ainsi, le président iranien n’a pas désigné l’Amérique en des termes agressifs et il n’a pas qualifié la présence des forces américaines en Irak de forces d’occupation. De plus, il a approuvé la chute du régime de Saddam Hussein en Irak, la considérant comme une opportunité pour l’Irak et pour la région, car le Moyen-Orient et le monde ont besoin de nouveaux modèles de liberté et de respect des droits de l’homme.
En outre, il a distingué l’islam rationnel et progressiste, de la régression et de l’intégrisme propagés au nom de l’islam, proclamant le rôle positif des confessions et le choix de l’Iran pour la démocratie, la paix, la liberté et le progrès.
On n’a pas constaté dans le discours du président iranien un seul propos qui réclame l’anéantissement d’Israël ou sa non reconnaissance. Par contre, il a réclamé le dialogue pour instaurer une paix bâtie sur la justice tout en proscrivant le terrorisme qui prétend agir au nom de la religion.
Ces prises de position sont des indications claires, adressées à la communauté internationale par le président Khatemi, particulièrement aux Etats-Unis, sur la politique iranienne qu’il veut établir, à moins qu’il n’échoue à cause du courant extrémiste interne. Il est indéniable que cette politique d’ouverture constitue un point positif pour un dialogue américano-iranien.
Remarquables aussi sont ses propos affirmant qu’il ne fallait pas fournir à Israël de nouveaux prétextes qui mobiliseraient la force américaine dans son intérêt, et qu’il fallait écarter catégoriquement toute possibilité d’escalade dans la région ou d’implication dans des événements qui puissent entraîner une instabilité. En d’autres termes, on comprend que le président iranien est pour le gel du front sud et l’interruption des actions du Hezbollah, et peut-être même pour l’arrêt du soutien au Jihad islamique et à Hamas.
Cette attitude positive est une réponse directe aux déclarations américaines en ce qui concerne le Hezbollah et le refus palestinien. Ce qui veut dire que le discours du président iranien s’écarte de tout langage de violence, de démagogie et de surenchère, et instaure en profondeur un dialogue régional pacifique et ouvert.
(suite dans le prochain numéro)

* Traduction: Fadia Farah Karlitch