
Les schémas anciens ressurgissent. Le malaise si propice à l’essor du désordre et de la violence devient patent. Mais est-ce une raison pour déterrer les fantômes du passé? N’avons-nous rien appris, rien retenu de notre histoire?
Dans ce capharnaüm de violence et de prosélytisme, je revendique mon droit de sortir mon joker. Non par manque de courage, de compassion, d’engagement ou d’empathie, mais par lassitude. La lassitude d’une génération désabusée qui n’a connu du Liban que la façade décrépie.
Désormais, quand la réalité est trop cruelle, je me réserve le droit d’effectuer un repli stratégique dans ma bulle, de tisser mon cocon avec des matières douces et ouatées pour amortir les blessures non cautérisées qui nous déchirent à l’extérieur. Un extérieur dévasté comme un champ de ruines, pourri, dépravé, que ma naïveté d’idéaliste ne tolère plus. Dans ma bulle, je veux fermer mes yeux et mes oreilles à de larges pans de cette réalité cruelle, me déconnecter pour fuir le mensonge et l’hypocrisie. A quoi bon ressasser l’horreur quand on n’y peut rien? Loin de cet éboulis d’amertume, je veux être étanche à la réalité. Et tant mieux si je rate l’apocalypse finale.
Colette Chibani