L’équipe de Noun
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Un jour de décembre 1999, alors que tu étais en plein déménagement pour aller à Hamra, j’entrais dans ton bureau à Achrafieh, pour résoudre un problème de boulot. Tu m’avais dit, en emballant un cendrier: «Un capitaine n’abandonne jamais les commandes quand son bateau chavire. Rentre au bureau et occupe-toi de cette affaire, ma heyké?» Deux ans plus tard, sur ce bateau, a embarqué une nouvelle passagère, ta femme, Siham. La croisière allait bien s’amuser, grâce à son humour et à sa joie de vivre. Très vite, nous nous sommes adoptés, devenant ainsi une famille soudée comme les doigts d’une main et Noun, «ton bébé», a prospéré.
Je ne me souviens pas de toi comme d’un patron conformiste, avec lequel on devait se formaliser. Un simple coup de fil et, hop, notre vœu était exaucé, sauf si Khalil prenait la tête entre les mains d’un air désespéré! Alors que la visite d’un patron est synonyme d’angoisse, on se faisait toujours une joie de tes kabset, où tu allais nous chercher dans nos bureaux pour nous embrasser. Edouard sortait enfin ses jeux-vidéo avec fierté, et les concierges des immeubles avoisinants accouraient te dire bonjour. Je me souviendrai toujours de cet été, où tu me harcelais de prendre les mesures des bureaux pour que tu saches l’espace qu’il faudrait nous réserver au An-Nahar. Si je savais jongler avec les mots, je m’emmêlais les pinceaux un mètre à la main, en multipliant la longueur par la largeur (mon cauchemar à l’école) pour obtenir le nombre en mètres carrés. Je trichais, sans te dire, en ayant recours à Mansour ou Dory, nos fidèles compagnons. Je me souviens de tes visites éclair dans nos bureaux, où tu réclamais tout de suite une kaaké au thym et du labné, et de ce fameux jour où tu as débarqué à l’improviste alors que nous mangions comme des sauvages du poulet rôti; nous ne savions plus où planquer les carcasses amoncelées pour ne pas heurter ta manie de la propreté et de l’ordre. La petite famille de Noun dont tu étais si fier, «cette entité distincte» du An-Nahar, «mon bébé que je te confie» comme tu me l’avais souvent répété, continuera à grandir dans ton souvenir.
Colette Chibani
Cher Estéz,
Tu as cru jusqu’au bout en Dieu et tous ses hommes,
tu voulais un Liban libre, uni et indépendant,
que te sacrifier semblait pour toi si évident!
Pourquoi? Pour qui? Des questions qui nous rongent…
On ne veut pas que tu sois parti et que les autres jettent l’éponge.
Tu étais pour toute la nouvelle génération la voix et la foi,
tu étais un de ces rares grands hommes qui marqueront l’histoire,
tu étais pour tous les patriotes, les vrais, la seule lueur d’espoir.
Ton départ nous a choqués, abattus et fendu le cœur,
mais nous a appris qu’avec la foi en Dieu, il n’y a pas de place pour la peur,
qu’un pays pour qu’il renaisse de ses cendres ne perdra que les grands,
ceux qui dans ce bas monde tracent le chemin, se font nos guides
et nous quittent, en nous donnant la force et en nous laissant à notre conscience!
A toi, cher Estéz, à la fois heureuse et fière de t’avoir connu et travaillé avec toi,
je te dis que ce n’est qu’un au revoir…
Jeannine Yazbeck Abi Khalil
Je t’ai connu, en 1994, à ton retour d’exil, et puis notre amitié a fleuri, nourrie par l’encre des imprimeries dont tu aimais l’odeur. Je me souviens de ces nuits, où tu venais nous retrouver pour superviser le travail et où nous dînions d’un repas frugal dans une atmosphère bon enfant. A ce moment-là, tu avais mis en route Nahar al Chabab, puis les pages culturelles du Nahar. Comme d’habitude, lorsque tu accordais ta confiance, c’était à fond. Je me souviens que tu me sollicitais à chaque nouvelle maquette. En 1997, vint l’aventure de Noun et tu as tenu à m’y embarquer. Nos nuits blanches pour monter ce magazine que tu aimais tant sont mémorables. Puis, tout au long de ces années, tes visites étaient l’occasion de me faire partager ta passion des dernières technologies. Même en plein bouclage, on prenait une pause pour parler des games de stratégie, du dernier téléphone portable ou de ta dernière acquisition en matière d’ordinateur, avec démonstration à l’appui. Je n’oublierai jamais ta bonté, ta générosité et ton humour.
Edouard Chaptini
Un pur parmi les purs
Sa qualité d’écoute était incomparable. Un être qui vous faisait sentir que ce que vous pensiez ou disiez était de la plus extrême importance. En plus, un accueil chaleureux du cœur et un dynamisme des plus contagieux. C’est, en quelques mots, le Gebran intime que j’ai connu et apprécié.
L’autre, le Gebran médiatique, je ne veux le définir qu’en des termes que d’autres aussi ont utilisés: un d’Artagnan, un Pardaillan des temps modernes, un chevalier sans peur ni reproche, un pur parmi les purs.
Gebran, du fond du cœur, nous te saluons.
Johnny Karlitch
C’était le 15 septembre passé, date de ton anniversaire. Je t’avais envoyé un simple sms pour te souhaiter longue vie. Avec ta modestie habituelle, tu n’as pas hésité à me rappeler de l’étranger pour me remercier et me rassurer que la protection divine était toujours là pour toi... J’y ai cru... J’ai voulu y croire...
Cruelle destinée... Tu nous as quittés trop tôt pour aller retrouver les tiens en laissant derrière toi une cause libanaise orpheline, en écrasant en moi ces restes de fierté d’être libanaise, mais en nous offrant sur un énorme plateau de feu et de sang un nouvel ange gardien pour le Liban.
Le fils, l’époux, le papa sont certes irremplaçables, mais aussi l’interlocuteur, le journaliste et le politicien, qui a de tout temps osé crier tout haut ce que nous chuchotions d’une voix basse, craintive et lâche... A chaque éditorial du jeudi, à chaque débat télévisé, je me surprenais en train de répéter les mêmes paroles: «Que le Bon Dieu te protège, Estéz...» Et le Bon Dieu t’a bel et bien protégé, à sa façon peut-être... Il t’a protégé de ce bas monde souillé et corrompu, ce bas monde qui ne mérite pas les Grands comme toi!
Estéz, comme on avait l’habitude de t’appeler, ma seule consolation demeure ma prière quotidienne pour le repos de ton âme et le salut du guerrier, qui ne connaîtra la paix que lorsqu’il verra son ultime rêve réalisé: un Liban enfin libre et souverain.
Que le Bon Dieu continue à te protéger...
Réna Abboud-Jamhouri
Nous ne pouvons toujours pas concevoir un Liban sans ta présence, sans ta voix tonitruante et ton allure si fière. Idole et porte-parole des jeunes pour un Liban libre et souverain, tu les laisses orphelins. Tu nous laisses tous orphelins, errant à la recherche d’un leader. Tu aimais tellement le Liban que tu ne pouvais pas vivre ailleurs et tu t’es précipité à la rencontre de ton destin. Le destin des grands hommes, c’est de mourir en martyr pour leur cause. Estéz, nous t’aimons beaucoup. Tu nous manques. Ce n’est qu’un au revoir.
Christiane Wakim,
Marie-Ange Frangié,
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