Etre fidèle au message de Gebran
par Gérard  Bapt
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J’avais rencontré pour la première fois Gebran Tuéni, en 1989, dans une période dramatique, qui se solda par l’entrée des forces syriennes à Baabda, avec l’accord implicite de la communauté internationale, et l’exil du général Aoun. J’avais rencontré un militant fougueux, désespéré de l’évolution récente de la situation au Liban, dénonçant ce qu’il interprétait comme le sacrifice par la communauté internationale de l’idée qu’il se faisait du Liban au profit de considérations géostratégiques et régionales…
Le croisant pendant les années suivantes, j’ai toujours retrouvé chez lui la même conviction au service de son pays qu’il voulait en paix, libre et souverain, au service d’un destin rayonnant d’humanisme et de tolérance dans tout le bassin méditerranéen. Après celle de Samir Kassir, et l’attentat contre May Chidiac, la disparition tragique de Gebran montre à quel point ceux qui ont voulu que sa voix s’éteigne sont à la fois les ennemis du Liban et de la liberté.
Avec Gebran Tuéni, c’est une double cible qui était visée: celle du journaliste, épris de liberté d’expression, qui n’avait jamais porté les armes, ne se reconnaissait qu’un seul moyen: le droit à l’information, le droit à la parole libre, le droit de dénoncer l’inacceptable, mais aussi d’éclairer l’avenir d’autres modes de relation entre les individus, entre les communautés, entre les nations et entre les Etats. L’autre cible visée à travers lui était celle de l’acteur politique, du député, à la suite de tant d’autres lâches assassinats et attentats destinés à instiller la peur en chaque individu et l’autocensure. Il fut un des artisans du magnifique Printemps démocratique libanais déclenché par l’assassinat du Premier ministre Rafic Hariri. Mais il est aussi une victime de plus parmi eux, comme si tous les porte-parole du Printemps magnifique figuraient désormais sur une liste de noms, destinés à être rayés les uns après les autres…
Les amis du Liban, mais aussi les amis du peuple libanais et du peuple syrien, parmi lesquels j’ai la prétention de figurer, doivent agir pour que le message de vérité et de justice porté par les paroles talentueuses de Samir Kassir et de Gebran Tuéni, ainsi que par le courage des acteurs politiques libanais (mais aussi syriens!), animés par un idéal démocratique et des Droits de l’Homme, soit entendu et reconnu par la communauté internationale et le conseil de sécurité des Nations unies; et que les coupables soient - où qu’ils se trouvent et à quelque niveau de responsabilité qu’ils se maintiennent - pourchassés, reconnus et punis.
Là réside la seule fidélité à la mémoire des martyrs de la liberté et de la parole.

 * Député (PS) de la Haute-Garonne, vice-président du Groupe d’Amitié France/Liban