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Ghazir, été 1861: l’écrivain français Ernest Renan y séjourne en compagnie de sa sœur Henriette. C’est à cette époque qu’il rédige une des plus belles pages sur la ville et devient célèbre après la parution de la «Vie de Jésus» en 1863, premier volume d’une série intitulée «Histoire des origines du christianisme». Selon Ibrahim Haddad, «l’hommage à Renan fait partie d’un ensemble de projets sur la mémoire de Ghazir. Cet événement reflète les valeurs de la francophonie ainsi que la pensée française dans un Liban libre et indépendant». Le président de la municipalité de Ghazir précise également que cet hommage est aussi en l’honneur de la France, «qui a su faire rayonner sa culture et ses valeurs universelles au Liban et dans le monde, et qui a toujours défendu la place de notre pays en Orient et parmi les nations».
Un amoureux fidèle du Liban
En effet, c’est dans sa maison libanaise que Ernest Renan a écrit les plus belles lignes de son œuvre. Sa sœur Henriette repose d’ailleurs à Amchit et c’est à cet égard qu’il rédige à l’époque ces quelques phrases: «Le Liban est mon but presque unique… J’ai tout à fait renoncé à ramener en France les restes de ma sœur. Elle est mieux sur votre chaud rivage, au milieu de ces braves gens qu’elle aimait…» Henriette et Ernest Renan ont admiré et aimé Ghazir. L’écrivain note d’ailleurs à ce propos que «Ghazir est sans contredit l’un des endroits les plus beaux du monde; les vallées voisines sont d’une verdure délicieuse, et la pente d’Aramoun, un peu plus haut, est le plus charmant paysage que j’aie vu dans le Liban». Il décrit notamment ses instants passés en compagnie de sa sœur et lui dédie ses quelques proses en 1861: «Te souviens-tu, du sein de Dieu où tu reposes, de ces longues journées à Ghazir, où, seul avec toi, j’écrivais ces pages inspirées par les lieux que nous avions visités ensemble? Silencieuse à côté de moi, tu relisais chaque feuille et la recopiais sitôt écrite, pendant que la mer, les villages, les ravins, les montagnes se déroulaient à nos pieds. Quand l’accablante lumière avait fait place à l’innombrable armée d’étoiles, tes questions fines et délicates, tes doutes discrets, me ramenaient à l’objet sublime de nos communes pensées.»
C’est à Tréguier, en Bretagne, au nord de la France, qu’Ernest Renan a passé sa prime enfance. En 1823, il naît dans une petite chambre sombre, dans un lit clos près d’une cheminée de granit. Le dénuement de la maisonnée serait le cœur d’une vie familiale morose car l’argent manquait. Vingt ans après avoir quitté sa maison, Ernest Renan la retrouve en mauvais état et constate tristement qu’un grand figuier et trois peupliers sont morts.
Sous la IIIe République, Renan est l’ami des plus grands intellectuels, le maître à penser des écrivains de la nouvelle génération. Sa notoriété lui vaut tous les honneurs. A l’occasion de sa réception à l’Académie Française, en 1879, on salue en lui «l’une des intelligences les plus élevées de ce temps» et on lui reconnaît une renommée «universellement répandue».
Ainsi, la cérémonie inaugurale de Ghazir n’est pas une conclusion mais, au contraire, le point de départ d’un rapprochement durable entre Ghazir et Tréguier. Elles n’ont rien de comparable par la taille, mais elles le sont par l’esprit et le souvenir commun d’un très grand écrivain.
Nayla el Eid
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