Hommage à la mémoire
de Gebran Tuéni
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Gebran Tuéni était l’un des fils du Liban que nous aimons, capables de dominer les clivages confessionnels et claniques. Il était le fils d’une poétesse et d’un “philosophe”, l’enfant du rêve et de la raison, de l’élégance et de la rigueur. Rien chez lui n’était médiocre. Il était devenu un mythe.
Il est né à l’ombre d’un chêne qui ne plie pas, ou plutôt d’un cèdre qui ne plie pas. L’exemple d’une famille exceptionnelle et les années de guerre forgèrent sa détermination. Très vite, il devint un phare pour les jeunes en faisant du An-Nahar - qui portait haut déjà le drapeau de la nation arabe - le navire amiral d’une escadre de journalistes et d’écrivains de l’ensemble du monde arabe, auxquels il permettait de faire entendre leurs voix, quand ceux-ci ne pouvaient plus s’exprimer librement chez eux: des Yéménites, des Saoudiens, des Irakiens, des Syriens.
Il n’était pas rare que les points de vue défendus par ces éditorialistes fussent alors contraires aux siens propres.
Il fut le premier, le seul, à ouvrir ses colonnes à la signature d’étudiants inconnus, traités à égalité avec des noms parmi les plus prestigieux. Le Nahar des Jeunes (Nahar al Chahab), magazine hebdomadaire distribué avec le quotidien, c’est Gebran Tueni! Il n’est pas surprenant que la Révolution du Cèdre, ce fut aussi lui, tant était devenue grande l’audience du journal, et tant son charisme personnel était puissant.
Il figurait sur “la liste”: c’était “son honneur”! C’était l’honneur du Liban. C’était l’honneur de sa famille. C’était l’honneur de la presse, le nôtre.
Il ne faut pas que sa mort soit vaine comme tant d’autres. Nous lui devons plus que le souvenir. Nous devons suivre son exemple, et poursuivre son action, retenir la leçon qu’il nous donne, celle d’un très grand et authentique démocrate, comme il n’en existe malheureusement que très peu, non seulement au Moyen-Orient, mais dans le monde entier.
Le courage de Gebran Tuéni, sa passion pour la liberté, c’est d’abord au journal An-Nahar qu’il les transmet; son équipe rédactionnelle et ses collaborateurs nous sont infiniment proches à cet instant.
N’oublions pas non plus ce qu’à travers lui, nous devons à son père, Ghassan Tuéni, dont la volonté de pardon nous interpelle. Il nous commande le respect et nous communique la foi. Nous lui exprimons… Que dire? Notre profonde affection pour l’aider dans sa douleur de père et de grand-père, et pour le rendre encore plus fort dans sa quête incessante de vérité et de tolérance.
* Editorialiste de politique étrangère, spécialiste du Moyen-Orient
Hommage prononcé à Paris, le jeudi 22 décembre, au CAPE (Club de la presse arabe)
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