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Mirna Hanna
Le langage nu

«Ressac, ressacs…» Comment, dans ce flux et reflux incessant de la production poétique, s’assurer que les vagues nous porteront, non des scories, mais des coquillages qui murmurent aux oreilles? En assumant sa différence, autrement dit en créant un style qui se confonde avec son être. Pari tenu par Mirna Hanna.

Cette jeune funambule du verbe recherche «l’intensification de la pensée, donc l’intensification de l’être». Programme d’autant plus remarquable qu’il est énoncé par un être à l’apparence si fragile qu’on ne peut se retenir de lui demander comment il s’y prend pour ne pas se laisser emporter par le vent. Il ne s’agit pas de faire de l’humour gratuit aux dépens de cette moniale de l’épuration poétique, mais de souligner combien son écrit ascétique est un reflet de son être, elle qui, semble convaincue, à l’instar de l’un de ses auteurs préférés, François Cheng, que «sur terre, seule l’écriture permet de tendre vers le tout de son vivant».
Si le projet spirituel de Mirna Hanna est bien de cet ordre: l’exploration de la globalité de son être pour aboutir à une intégration de ses composantes duelles, elle ne se contente pas de le vivre intérieurement mais elle le reconstruit, le représente, dans la dimension du langage des mots, mettant en chantier un second projet, poétique, qui devrait fusionner avec le premier.
«Printemps nus», le deuxième recueil de Mirna Hanna, après «Nouvelles du néant inverse», tous deux édités dans la collection «Poètes des cinq continents-Espace expérimental» chez L’Harmattan, n’est pas d’un abord aisé. Rebutant à première vue, par le parti pris minimaliste, tant au niveau de la syntaxe que des procédés de style et de la structure narrative - épuration assez extrême produisant un effet d’ambiguïté, pour ne pas dire d’hermétisme, qui laisserait froids certains lecteurs pressés -, «Printemps nus» réclame en fait une participation active, que d’autres lecteurs, mieux disposés à lire et relire, et à méditer, seraient prêts à fournir pour décrypter le langage épuré de son auteure.
«Printemps nus» “raconte” un cheminement spirituel, favorisé par l’introspection psychologique. «C’est un peu l’exploration de l’inconscient, explique Mirna Hanna. Cela commence par l’amour mythologique, qui représente la nuit de l’être. C’est assez jungien. Le cheminement se poursuit: on part du moi au soi. On aboutit ainsi à l’autre. On découvre ensuite le vide à l’intérieur du soi. Et la sérénité. Tout ce qui est duel, corps/esprit, fusionne avec l’esprit universel. Il n’y a plus de dualité.»
Gageons que cette présentation succincte de «Printemps nus» par son auteure attirera beaucoup d’amateurs de poésie, notamment les jeunes, qui chercheront à se procurer en librairie ce petit recueil qui parle des choses de la vie intérieure. Nul doute que cet ouvrage possède une valeur poético-spirituelle en soi - cela saute à l’esprit! - et assez d’innovation sur le plan littéraire. Car, pour Mirna Hanna, et comme pour Pascal Quignard, tout est dans la formulation: «Moi, j’ai choisi la formulation qui me différencie des autres et qui n’est pas forcément très accessible, mais pas du tout hermétique. Peut-être lui faut-il un lecteur initié. En poésie, il faut explorer de nouvelles façons de formuler, un peu surprenantes, inusitées. C’est ce qui peut provoquer l’émotion, en sus de la réflexion. Et c’est ainsi que le poète laisse son empreinte.»
Tout à fait d’accord! Rendez-vous, donc, une troisième fois dans ces pages, avec le prochain opus de Mirna Hanna, apparemment déjà en gestation. Qui sait? peut-être serait-ce un roman…

Johnny Karlitch

 Extrait
Partition/Perdition

Enfant, la partition
Perdition circadienne
Les lois n’ont rien de punique
Le rêve, extensible
Le fond, extensible
La terre sert aux fleurs
Les fleurs servent à la terre
Sans mots le préétabli
La meilleure ignorance est celle de l’air