Magida el Roumi
«Sa perte est une catastrophe»

«Gebran représentait pour moi le visage du Liban de demain. Je le respectais et l’admirais beaucoup et, pour moi, il était le symbole d’un Liban fier, le Liban de l’avenir. Sa perte est une catastrophe, il est irremplaçable. Aucun baume ne pourra cicatriser cette blessure et compenser cette perte. Ma seule consolation, c’est de le savoir dans un monde meilleur, plus juste, auprès de Dieu», nous confie notre diva nationale.
Magida el Roumi fait la connaissance de Gebran, en 1991, à Paris, alors qu’il cherchait à recoller désespérément les morceaux d’un Liban qui lui manquait. «J’ai fait sa connaissance, en 1991, quand j’ai donné un concert au Palais des Congrès, à Paris, raconte-t-elle. Il était dans le public. Puis, nous nous sommes vus au dîner qui a suivi. Les deux dernières fois où je l’ai rencontré, c’est lorsque son épouse Siham a accouché; j’étais allé leur présenter mes vœux; et ensuite, quand il est venu assister à mon dernier concert au Forum.»
«Je savais qu’il était menacé, soupire Magida, et je demandais à Dieu de le préserver.» Avec une profonde tristesse, Magida revient sur ce funeste 12 décembre: «La mort de Gebran est une tragédie, une catastrophe. Chacun des martyrs tombé pour le Liban est irremplaçable. Le vide laissé par Gebran ne pourra jamais être comblé.»
Puis, elle évoque avec nostalgie l’une de ses premières chansons, qui était une chanson fétiche pour Gebran («Am behlamak»): «Il était très sensible à la meurtrissure et à la douleur du pays. Nous menions le même combat, mais je suis complètement ignorante en politique; mon engagement se situe au niveau humain. Dieu lui avait donné la grâce et l’éloquence pour mettre sa voix au service de son pays et des gens malheureux. Nous sommes un peuple de martyrs. Ceux qui nous ont quittés pour retrouver le Créateur sont désormais dans un monde de justice, alors que nous, nous souffrons chaque jour. Je souhaite que l’on trouve une solution à la crise libanaise de notre vivant. Beaucoup de crises ont été résolues à travers le monde. Il y a sans doute une solution, puisque nos martyrs sont les piliers de la nouvelle indépendance du Liban.»
«A chaque fois que je chanterai le Liban, pays de coexistence, de paix et de refus des rancœurs et de la violence, je serai en train d’exaucer son rêve, termine Magida. Que Dieu ait son âme, qu’il intercède pour nous au ciel! Je présente à son père, son épouse et ses filles, mes plus sincères condoléances. Nous avons perdu en Gebran un être inestimable, mais avec l’aide de Dieu, nous allons trouver la force pour surmonter cette douleur. Même si c’est pénible à présent. Je n’arrive pas à croire encore qu’il est mort. C’est difficile d’admettre cette réalité.»

Colette Chibani