RAMEZ
Le succès en temps et en heure

 

Son premier titre, «Lech heik baladé», fait un carton sur les radios et dans les bacs. A 29 ans, RAmez, alias Ramzi Khouri, a beaucoup de choses à dire et il le rappe haut et fort.

«J’ai choisi ce nom, RAmez, parce qu’il a du sens. Ramzi signifie «mon symbole» en arabe et Râ était le dieu soleil dans la mythologie égyptienne. Je veux dire par là que pour comprendre le présent, il faut se plonger dans le passé», explique ce jeune auteur-compositeur-interprète non-conformiste.
Revenu il y a quatre ans dans son pays natal, le Liban, qu’il aime de toutes ses tripes, RAmez peut enfin réaliser son rêve: dire en musique ce que beaucoup pensent tout bas. Simplement, avec humour, mais surtout avec conviction. Ce qui explique pourquoi son premier CD ne contient que six morceaux. «J’ai sacrifié un album entier car je voulais que ce premier disque soit sincère, raconte-t-il. Je ne voulais pas présenter de chansons qui ne me ressemblent pas. Par exemple, j’ai refusé de chanter des paroles comme “Je vais m’envoler et toucher le ciel” parce qu’au contraire, j’ai les pieds bien sur terre!»
Se livrer par la voie de chansons, RAmez le fait sans concession, quitte à montrer des facettes de sa vie qui, pour ne pas être glorieuses, n’en sont pas moins à l’image de ce qu’est la réalité d’un jeune homme. Ainsi, «Le boulet» raconte sans équivoque, mais avec une ironie douce-amère, les mésaventures amoureuses d’un jeune d’aujourd’hui. «J’ai absolument voulu sortir ce titre qui parodie le rappeur aux colliers en or, entouré de 70 femmes, confie-t-il en riant. Ces histoires me sont réellement arrivées: l’éjaculation précoce, l’humour pas drôle, etc. En fait, j’ai pensé le disque comme un livre, comme une présentation de qui je suis, se clôturant sur cette phrase très significative: “Tout est lié à tout.”»
En effet, le parcours de RAmez, de radios en petits boulots pour en arriver à un poste de commercial, lui a permis de trouver sa voie de la façon la plus mûrie possible. Tout jeune, il séchait les bancs de l’école pour aller faire le tour des radios parisiennes et découvrir un monde qui le faisait déjà rêver: la musique et les moyens de la diffuser. Plus tard, aux Etats-Unis, il a découvert le rap et la force d’un style musical qui ne mâche pas ses mots. Certains de ces morceaux ont été écrits, il y a des années, le temps pour RAmez de trouver un producteur et de sortir, puis distribuer un disque qui soit commercialement viable. «Il y a quelques années, je n’avais qu’une seule idée en tête: changer le monde, avoue-t-il. Mais avec l’expérience, je me rends compte que tout s’est passé de façon à ce que je trouve la bonne façon de réaliser mes projets, car en musique aussi, il faut savoir se vendre. Vouloir véhiculer un message ne suffit pas.»
Conscient de l’investissement nécessaire à sa réussite, RAmez a quitté son travail pour se consacrer exclusivement à la promotion et à la poursuite de son essor artistique. «Je suis convaincu que le rap prend actuellement son envol au Liban, c’est le moment ou jamais, assure-t-il. La scène libanaise évolue énormément et le rap libanais prouve son potentiel. A mon avis, il sera encore plus présent en 2008. D’autant que son côté oriental au niveau musical séduit à l’étranger.»
Sollicité par la presse, qui n’est parfois pas tendre avec un jeune Libanais ayant surtout vécu à l’étranger, RAmez savoure simplement son succès: chez Virgin, son disque est en quatrième position des ventes. Mais le jeune homme met un point d’honneur à répondre à chacun de ses courriers et reste étonné d’avoir déjà de premiers fans autoproclamés. «Cet accueil est très inattendu et très agréable, déclare-t-il. Mais, paradoxalement, c’est pour cela que je refuse pour l’instant de faire des concerts. Je rêve de ce contact direct avec le public, mais je ne veux pas le faire n’importe comment.»
De l’ambition, RAmez en a à revendre. Mais sa priorité reste de réussir au Liban: «Mon objectif peut paraître naïf, mais j’aimerais faire quelque chose pour mon pays. J’aimerais qu’en attirant l’attention sur moi, je dirige aussi les regards vers le Liban de manière positive.»

Nathalie Bontems