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Soliné
La danse en héritage

La danse, Soliné Torkomian est tombée dedans quand elle était petite. A 26 ans, cette jeune femme pas comme les autres dirige déjà une branche de l’académie de danse de son père, le célèbre professeur de danses latines et chorégraphe, Khanito. Et même si elle est dotée d’une grande confiance en soi et dans son art, Soliné préfère, jusqu’à nouvel ordre, diriger une troupe plutôt que de se produire elle-même sur scène, et rêve de créer un spectacle grandiose, qui ferait le tour du monde à partir du Liban.

Quand on est prédestiné à la danse par son ascendant familial autant que par un prénom particulièrement musical (qui signifie clé de sol), et quand on a, de surcroît, son talent propre, il n’est pas si étonnant de commencer la danse de claquettes à cinq ans. Les photos d’une petite fille en costume attestent de ces débuts précoces, et c’est la jeune femme élancée, affable et souriante qu’elle est devenue, qui nous reçoit dans son élément, une salle de danse. «La danse? Je suis née dedans, et je ne peux pas expliquer ce qu’elle signifie pour moi, c’est une partie que je ne peux détacher de mon être, de mon corps», dit-elle.
Les débuts de Soliné ont été tout naturels. «Je voyais mon père et ma mère danser ensemble, et je me faufilais entre eux pour entrer dans le rythme, raconte-t-elle. J’aimais le faire et il n’était nullement nécessaire de me forcer à franchir le pas. Malgré mes souvenirs flous, je me souviens que mon père a commencé très tôt à m’apprendre cette discipline. A moins de cinq ans, il me faisait faire des exercices pour mes jambes afin de m’habituer à travailler mon corps.»
A cinq ans, donc, Soliné se met aux claquettes et apprend le ballet. Deux ans plus tard, elle participe à ses premiers shows avec son père. L’apprentissage des autres styles ont suivi. Son plus ancien souvenir? «Mon père me portait souvent comme si j’étais sa partenaire de danse, se souvient-elle. Plus tard, nous avons fait des voyages à Chypre, en Grèce et dans d’autres pays, où nous nous produisions lui et moi sur scène.» Que lui a donné cette enfance nomade, en quelque sorte? «J’étais plus mûre que mon âge, raconte-t-elle. Et puis, je me sentais comme une star. L’attention du public, qui m’avait prise en affection, me flattait.» D’ailleurs, Soliné se rappelle qu’étant enfant, elle avait moins le trac sur scène qu’aujourd’hui.
Actuellement, Soliné préfère s’occuper de chorégraphie plutôt que de se produire elle-même sur scène. Interrogée sur les raisons de ce choix, elle répond: «C’est peut-être parce que je me suis trop consacrée à l’enseignement et que je me suis moins occupée de mes propres exercices. Et puis, je préfère voir les autres réaliser les pas de ma chorégraphie plutôt que de me produire moi-même.» Un moment plus tard, elle lâche: «J’aime quand mon père danse avec sa femme, sa partenaire sur la piste et dans la vie.» S’attend-elle à ce que le partenaire de sa vie soit un danseur? «Non, répond-elle en riant, je ne crois pas que ce sera le cas. Mais de toute façon, je lui apprendrai les pas.»

Enseignante à seize ans
Soliné n’a pas seulement appris à danser très tôt, elle a aussi commencé à enseigner cette discipline à l’âge où d’autres en seraient à leurs premiers balbutiements. Et là aussi, c’était en observant son père et en voulant l’aider dans ses cours. «Les danses latines, je les ai acquises tout simplement en observant les pas, se souvient-elle. Je n’avais que quatorze ans, et je me portais volontaire pour aider ceux qui avaient une difficulté à suivre le cours. A seize ans, je me suis chargée de quelques cours quand mon père était débordé. Et c’est ainsi que je me suis engagée dans cette voie.»
A sa majorité, Soliné a commencé à concevoir la danse comme une carrière. «Ma vie se passait ainsi: je me rendais à l’université et, à mon retour, je donnais des cours», se souvient-elle. A l’université, elle opte pour un autre domaine artistique, le graphic design. «J’aime tous les arts, confie-t-elle. J’affectionne particulièrement le dessin et la peinture, surtout l’art abstrait. Là aussi, c’est un talent que je tiens de mon père.» Sa formation en graphic design lui permet aussi de concevoir ses propres décors pour les spectacles, ainsi que les affiches qui les annoncent.
Depuis un an, Soliné dirige sa propre école de danse, une branche de l’Académie de danse Khanito, à Ghazir. «Je me suis rendu compte qu’il y avait un besoin en matière d’écoles de danse dans la région», explique-t-elle. Comment a-t-elle franchi ce nouveau pas vers l’indépendance? «J’ai décidé cette fois d’être seule, même si je continue à donner des cours dans les autres branches, et mon père m’a énormément encouragée», souligne-t-elle. Dans son école, elle enseigne les danses latines, bien sûr, mais aussi les claquettes, le flamenco et bien d’autres. Elle donne elle-même une bonne partie des cours. Ceux-ci sont surtout concentrés en soirée, notamment pour un public d’étudiants et d’élèves, avec certains cours réservés à un public de dames le matin (pour plus de renseignements, contacter le 03/478080).
«La danse, c’est pour tout le monde, surtout les garçons»
Pour les enfants, Soliné recommande des cours à partir de six ans. «Il est important d’apprendre le ballet, qui est la base de tout, estime-t-elle. Je préfère que l’enfant commence la danse à cet âge parce que c’est à ce moment qu’il est capable de décider s’il a une affinité pour cet art ou non.» Elle s’adresse aussi aux parents qui, «s’ils n’encouragent pas leurs enfants à tenter leur chance, ne leur donneront pas la possibilité de savoir s’ils ont un goût pour la danse ou pas». Et il n’y en a pas que pour les enfants, «on apprend à tout âge, mais il faut essayer», assure-t-elle. Elle ajoute: «Tout le monde peut apprendre à danser, même si nous ne sommes pas tous égaux devant la technique.»
Soliné s’attaque aussi à quelques préjugés qu’elle considère comme dépassés. «Les garçons hésitent toujours à prendre des cours de danse. Pour eux, c’est une activité de filles, constate-t-elle. C’est très faux, la danse est encore plus utile pour le garçon que pour la fille puisque c’est lui qui mène. Et là, le rôle des parents est primordial: ils ne doivent pas diriger le garçon seulement vers des activités comme les arts martiaux, par exemple. La danse forge le caractère et elle est de nature à lui changer tout son comportement envers les filles, elle lui apprendra à être un gentleman!»
Pour elle, les avantages sont autant d’ordre moral et comportemental que physique. «La danse n’est pas seulement un sport ou une activité physique, mais une somme de savoir, dit-elle. Pour pouvoir exécuter les pas, il faut réfléchir et assimiler les notions. On se trouve obligé de coordonner toutes les parties du corps. De plus, elle augmente la confiance en soi, améliore la démarche et la tenue. Tout le système de vie s’en trouve modifié. J’ai vu défiler beaucoup d’élèves timides qui, après les cours, s’en sortaient plus aguerris pour faire face à la vie.»
Outre ses activités de professeur, Soliné a réalisé la chorégraphie de plusieurs spectacles, notamment des compétitions de beauté dans des universités comme la NDU ou l’USEK. Elle a plus récemment participé en tant que professeur de danse au show de télé-réalité produit par la LBCI, «Perfect Bride», qui a contribué à la faire connaître du grand public. Elle est également juge dans des compétitions de danse, une porte que son expérience substantielle lui a ouverte.
Soliné continue de voyager chaque année avec son père pour rester au courant des dernières nouveautés en matière de technique de danse. Mais, contrairement à beaucoup de jeunes de sa génération, elle n’a jamais pensé à émigrer. «J’ai l’ambition de contribuer à faire évoluer la danse au Liban, affirme-t-elle. Mon pays devrait avoir sa place dans ce domaine.»
Et ses rêves ne sont pas moins grandioses. «J’ai toujours eu une préférence pour les shows de Broadway, et un faible particulier pour la période des années 20 aux Etats-Unis, comme dans la comédie musicale “Chicago”, par exemple, raconte-t-elle. J’aimerais que les talents dans ce domaine soient plus encouragés au Liban.» Pourquoi ne pas créer une troupe dans ce style? Elle-même a en tête un projet de show de cette envergure, qui combinerait tous les styles de danses, dans le cadre d’un thème précis. «Mais cela prend du temps et du travail, et il faut rassembler assez d’artistes talentueux, fait-elle remarquer. Cela se réalisera un jour.»

Suzanne Baaklini