Dans ce show automne-hiver sur grand écran, Meryl Streep, diva du cinéma, défile en reine infernale de la mode avec des parures signées Chanel, Valentino, Galliano, Gucci, Donna Karan et Prada, noblesse diabolique oblige!

«Le diable s’habille en Prada» raconte l’histoire d’Andy (Anne Hathaway), une jeune journaliste fraîchement diplômée, qui réussit à être enrôlée comme seconde assistante de Miranda Priestly (Meryl Streep), rédactrice en chef de Runway, un prestigieux magazine de mode qui énonce les diktats en matière de branchitude vestimentaire. Travailler pour Runway, ou plutôt servir sous les ordres de ce tyran glacial qu’est Miranda Priestly, équivaut à posséder une carte de crédit social, un efficace “sésame, ouvre-toi!” dans le domaine des médias et de la mode. Dans ce job “initiatique”, Andy sera-t-elle comblée mais aussi phagocytée et irrémédiablement transformée en fashion-victim par sa redoutable boss ou bien réussira-t-elle à forger ses propres valeurs?

La diablesse de la bible
De l’avis de la majorité de la critique, la “découverte” qui distance tout le monde sur le podium, c’est… Meryl Streep! La star de «The deer hunter» (Michael Cimino, 1979), «Kramer v/s Kramer» (Robert Benton, 1980), «Sophie’s choice» (Alan Pakula, 1983), «Out of Africa» (Sydney Pollack, 1986), «The bridges of Madison county» (Clint Eastwood, 1995), «The hours» (Stephen Daldry, 2003), est une fois de plus surprenante, dans un rôle qui ajoute un fleuron supplémentaire à sa filmographie éclectique.
«Miranda est le seul rôle que j’ai travaillé sans musique. Certaines gens n’ont pas de musique dans leur vie. Miranda, elle, n’a pas le temps pour ce genre de choses», a déclaré Meryl Streep, à propos de son personnage, à Nicolas Schaller de la revue Première. Dur! Est-ce à dire que Miranda Priestly, papesse de Runway, bible de la mode, trône en diablesse polaire, puritaine et frustrée? «Miranda est, avant toute chose, directrice d’entreprise, a expliqué l’actrice, lors d’une autre interview accordée à la revue Studio. Elle vise l’excellence et la suprématie. Très exigeante envers elle-même et les autres, je ne pense pas qu’elle soit heureuse dans sa vie intime. (…) Pour ce rôle, au niveau vestimentaire, j’ai opté pour une chevelure courte et blanche, qui dénote l’élégance et la distinction, ainsi que pour l’austérité du noir et du blanc, rehaussés de bijoux.» Quant au plaisir qu’elle aurait eu à endosser une personnalité aussi différente de la sienne, elle a ajouté: «J’ai bien apprécié le fait de ne pas avoir à élever la voix pour être obéie! Mais pour obtenir sur le plateau cet état de tension interrelationnelle, j’ai dû déroger à mon habitude, qui est de frayer avec mes coéquipiers, en préférant garder mes distances avec les deux comédiennes qui incarnent mes assistantes (Emily Blunt et Anne Hathaway, ndlr).»
Pour ce film, qui est une adaptation du best-seller éponyme de Lauren Weisberger, la costumière Patricia Field (détentrice d’un Emmy Award pour son travail sur «Sex and the City») a bénéficié du concours enthousiaste des grands noms de la mode: Chanel a prêté sa collection couture 2006 en exclusivité; Valentino (qui apparaît pour la première fois sur le grand écran), grand admirateur de la Streep, a dessiné lui-même la robe que son personnage porte à un bal de charité; sans oublier les participations de Donna Karan, Bill Blass, Galliano, Louboutin, Gucci, Versace, et, last but not least, Prada. Le styliste libanais George Chacra fait partie lui aussi du générique puisqu’on a droit dans le film à un aperçu de son défilé de l’été 05.
En somme, une comédie déclinée façon coulisses de la presse et de la mode, avec un défilé de personnages typés, caractéristiques de ce milieu où tailleurs agressifs et stilettos en dents de requin signifient être dans le vent. Un vent très showbiz, avec autant de show que de biz.

R. N.