L’éditorial de Gebran Tuéni I dossier 1 2 3 I rencontre 1 2 3 I enquête I découverte I divertissement I associatif I sexualité I évasion I théâtre I art plastiques I mode I décoration I santé I instantanés 1 2 3 4 I édito I équipe I contacts I retour au sommaire I Gebran Tuéni I An-Nahar Newspaper 

Un nouveau vaccin contre le cancer du col de l’utérus

Le cancer du col de l’utérus tue 650 femmes dans le monde chaque jour. Au Liban, 87 cas de cancer du col sont diagnostiqués chaque année. 99,7% de ces cancers sont dus à un virus sexuellement transmissible, le VPH ou virus du papillome humain. Qu’est-ce que le VPH? Comment diagnostiquer le cancer du col de l’utérus et comment le prévenir? Quelle place pour le nouveau vaccin contre le VPH? Le point avec Dr Georges Abi Tayeh, gynécologue obstétricien à l’Hôtel Dieu de France.

 

Qu’est-ce que le virus du papillome humain (VPH)?
Le virus du papillome humain (VPH) est un virus commun qui touche à la fois les femmes et les hommes.
L’infection VPH est la plus fréquente des maladies sexuellement transmissibles; elle peut être contractée très précocement, parfois dès le premier rapport sexuel. Après trois ans de vie sexuelle active, 48% des femmes auront déjà été en contact avec le virus.
Il existe plus de cent types de VPH, dont 30 à 40% ont un tropisme pour la sphère anale et génitale. Ces souches de VPH peuvent donc pénétrer dans les cellules qui forment la surface de la vulve, du vagin, du col de l’utérus (partie qui relie le corps de l’utérus au vagin), du pénis et de l’anus.
Dans la majorité des cas, l’organisme est capable de se débarrasser tout seul du virus. Ainsi, on observe des guérisons spontanées chez 40 à 60% des jeunes adultes infectés et chez 90% des adolescents infectés.
Certains types de ce virus peuvent causer un cancer du col de l’utérus; d’autres types sont à l’origine de verrues génitales bénignes appelées communément crêtes de coq. Le VPH est aussi associé à d’autres maladies plus rares, dont le cancer de la vulve, du vagin, du pénis, de l’anus et des voies digestives et aériennes, ainsi que la papillomatose respiratoire récurrente, une infection de la gorge à l’origine de difficultés respiratoires.
Il est d’une grande importance à noter que le VPH est une condition nécessaire pour la genèse du cancer du col; autrement dit, il n’existe pas de cancer du col sans infection au VPH. Ceci a été confirmé par une analyse de 932 spécimens de 22 pays différents.


Comment se transmet le virus?
La transmission du VPH est surtout sexuelle, et ce quelle que soit la nature de l’acte sexuel performé. Le VPH peut ainsi être contracté même en l’absence de pénétration! A ce sujet, une étude suédoise a démontré que 4% des filles suédoises vierges portaient le virus, la prévalence du virus chez les femmes actives sexuellement ayant été évaluée à 22%. Dans ce cadre, il faut savoir que le préservatif ne protège pas contre l’infection par le VPH; il n’est efficace que dans 70% des cas. Moins fréquemment, le virus peut être transmis de la femme enceinte à son enfant lors de l’accouchement. Des cas de contamination par matériel médical (gants chirurgicaux, pinces, etc.) ont aussi été rapportés.

Quels sont les déterminants de l’infection par le VPH?
On distingue plusieurs facteurs de risque pour l’infection par le VPH, citons l’âge jeune (20-24 ans chez la femme, 25-29 ans chez l’homme), le nombre élevé de partenaires sexuels, l’âge précoce du premier rapport sexuel, le comportement sexuel du partenaire, l’infidélité du partenaire, l’absence de circoncision, le tabagisme, l’usage de contraceptifs oraux, un bas niveau socio-économique, etc. Dans un couple, on retrouve généralement le même type de VPH chez les deux partenaires, sauf infidélité conjugale. 


Comment se manifeste l’infection par le VPH?
L’Organisation mondiale de la santé estime à 630 millions le nombre de personnes infectées par le VPH de part le monde, et à un demi million le nombre de nouvelles personnes qui s’infectent chaque année. La prévalence de l’atteinte varie d’un pays à l’autre et est largement dépendante des habitudes sexuelles de chaque population. En France, 16,3% de la population est infectée; aux Etats-Unis, 13,3% de la population porte le virus. Au Liban, la prévalence du virus est supérieure sans qu’on ait des statistiques exactes concernant ce sujet. Cependant, la plupart de ces personnes infectées ne présentent aucun symptôme: pas de douleur, pas d’écoulement vaginal, pas de prurit, pas de saignement, pas de fièvre, etc. On comprendra alors pourquoi toute personne infectée par ce virus pourra transmettre le virus à son partenaire sans en être consciente. Mais l’infection par le VPH n’est pas silencieuse à tous les coups. Ainsi, les souches 6 et 11 du VPH peuvent entraîner des verrues vulvaires et anales bénignes en forme de crêtes de coq; ces condylomes, puisqu’on les appelle comme ça en jargon médical, sont douloureux et disgracieux. Un impact énorme sur la vie sexuelle d’un couple. D’un autre côté, les souches 16 et 18 ont été impliquées directement dans la genèse du cancer du col de l’utérus, un cancer qui est dans la plupart des cas silencieux, mais qui peut se manifester quand même par un saignement vaginal après un rapport sexuel.

Comment peut-on alors savoir si on est infecté par le VPH?
Comme l’infection par le VPH ne s’accompagne pas généralement de signes et de symptômes, la plupart des sujets infectés par ce virus ignorent qu’ils le sont. Le diagnostic clinique de cette infection silencieuse par définition n’étant pas possible, on se basera sur un test spécial pour la déceler. Il s’agit du test Pap, également appelé frottis vaginal. Ce test simple et sans douleur fait partie de l’examen gynécologique de routine et est très efficace pour détecter la présence d’anomalies cellulaires dues à une infection par le VPH. Ces modifications cellulaires peuvent causer un cancer, mais peuvent être traitées avec succès si elles sont découvertes précocement.

Comment le test Pap se déroule-t-il?
Lorsque la femme prend un rendez-vous pour un test Pap, il faudra qu’elle s’assure qu’il ne tombe pas durant ses règles. D’abord, le médecin demandera à la femme de s’allonger sur une table d’examen gynécologique. Ensuite, il va insérer, au niveau vaginal, un instrument en plastique appelé spéculum. Ce dernier permet d’écarter les parois du vagin et d’examiner le col de l’utérus pour vérifier l’absence de sécrétions anormales ou d’irritation du col. Après l’examen  macroscopique du col, il prélèvera des cellules du col à l’aide d’une spatule ou d’une brosse spéciale. Après avoir fait le prélèvement pour le test Pap, le médecin examinera l’utérus et les ovaires. Pour ce faire, il introduira deux doigts dans le vagin et poussera délicatement l’utérus vers le haut, tout en appuyant sur le ventre de l’autre main, ce qui lui permettra de déceler des anomalies.

A quelle fréquence une femme devra-t-elle passer le test Pap?
Toute femme sexuellement active devra passer le test un an après le premier rapport sexuel, puis une fois par an. Au Liban, on n’a pas plus de 50000 femmes qui font ce test par an, et ce sont les même femmes qui reviennent chaque année, ce qui tire la sonnette d’alarme, surtout que le nombre de lésions prédisposant au cancer est en hausse au Liban et que les patientes chez lesquelles on découvre ce genre de lésions sont de plus en plus jeunes. Toute femme devra être sensibilisée à l’importance du dépistage précoce des lésions du col de l’utérus et devra être motivée à réaliser périodiquement un test Pap.

Que faire quand le test Pap revient positif?
Si le résultat du test Pap révèle la présence de cellules anormales au niveau du col de l’utérus, le médecin devra recommander à la femme de passer un autre test Pap, ainsi qu’un test de détection de l’ADN du VPH. La femme devra aussi subir une colposcopie (examen du col de l’utérus et du vagin par l’intermédiaire d’un appareil optique grossissant) et une éventuelle biopsie (prélèvement d’un échantillon de tissu qui sera analysé au laboratoire).

Comment traiter le cancer
du col de l’utérus et les lésions précancéreuses?

Les anomalies bénignes constituent la majorité des cas. Celles-ci peuvent être surveillées de près sans nécessité de traitement spécifique. Si les anomalies sont plus graves, elles devront être éliminées chirurgicalement; c’est le cas des lésions précancéreuses. Les trois principales modalités du traitement du cancer du col de l’utérus sont la chirurgie, la radiothérapie et la chimiothérapie, ces trois options pouvant être associées de manière différente en fonction du stade du cancer.


Comment prévenir le cancer du col de l’utérus?
Plus de 650 femmes au monde meurent chaque jour suite au cancer du col de l’utérus. Le test Pap reste un des meilleurs moyens pour la prévention du cancer du col de l’utérus. Depuis la mise au point de ce test, le nombre de décès par cancer du col de l’utérus a diminué de 80%! Actuellement, il existe un nouveau vaccin pour la protection contre l’infection par le VPH, il s’agit du vaccin recombinant quadrivalent. Gardasil est le premier vaccin contre le VPH à avoir obtenu l’autorisation de mise sur le marché en juin 2006. Ce vaccin protège contre les souches 6, 11,16 et 18 du virus et d’autres souches par réaction croisée. A savoir que les souches 6 et 11 du VPH sont à l’origine de la formation des verrues génitales bénignes, que 54,6% des cancers du col sont dus à un infection par le VPH16 et que 15,8% des cancers du col sont dus à un infection par le VPH18. Au Liban, 99% des cancers du col sont secondaires à une infection par les deux souches 16 et 18! Le Gardasil protège contre ces 4 souches de VPH, c’est pour cela d’ailleurs qu’on l’appelle vaccin quadrivalent.

Quel est le mode d’administration de ce vaccin?
Le Food and drug administration (FDA) recommande de vacciner les filles/femmes âgées entre 9 et 26 ans, tout en sachant que l’efficacité du vaccin diminue avec l’âge, c’est-à-dire que la réponse au vaccin est la meilleure à l’âge de 9 ans et qu’elle diminue par la suite. Le vaccin peut être recommandé chez les femmes âgées de plus de 26 ans tout en sachant que la réponse sera moindre. Il est surtout efficace chez les patientes qui n’ont pas encore eu de relations sexuelles ou dans l’année qui suit le premier rapport sexuel. Le vaccin est administré par voie intramusculaire à 0, 2 et 6 mois. Il est contre-indiqué chez les femmes allergiques à certaines composantes du vaccin, en cas de troubles de la coagulation et chez les femmes enceintes. Le vaccin ne permet pas de guérir des lésions qui existent déjà au niveau du col, mais permet de prévenir une infection future éventuelle par le VPH, et de diminuer ainsi le risque du cancer du col de l’utérus. Même vaccinée, une femme devra continuer à faire son test Pap périodiquement car le vaccin ne protège que contre les souches oncogènes 16 et 18 du VPH, au moment où le cancer du col peut survenir suite à une infection par une souche oncogène différente et non couverte par le vaccin. De même, une femme vaccinée devra continuer à utiliser le préservatif pour se protéger contre les autres maladies sexuellement transmissibles, le VIH, par exemple.

Une vaccination à large échelle est-elle possible?
Au Liban, le registre du cancer estime à 87 le nombre de nouveaux cas de cancers du col diagnostiqués chaque année. En pratique, cela veut dire que 4 femmes sur 100000 risquent d’avoir ce genre de cancer par an, au moment où chaque injection du vaccin coûte dans les 200$ environ. L’utilité d’inclure le vaccin contre le VPH dans le calendrier vaccinal des enfants reste à débattre. D’une part, ce vaccin protègera contre le cancer du col, mais aussi contre de nombreuses autres lésions comme les verrues bénignes et les anomalies prédisposant au cancer; d’autre part, l’incidence du cancer du col au Liban est faible et le coût du vaccin est très élevé. Un rapport coût/efficacité qui n’est pas en faveur d’une mise au point d’un programme de vaccination à grande échelle. D’ailleurs, même aux Etats-Unis, la question reste débattue, vu le problème éthique et moral que pose la vaccination contre le VPH. Ainsi, au West Virginia et à Kentucky, la législation d’une telle vaccination n’a pas été obtenue, de peur que la prévention du VPH ne rende légitime l’émancipation sexuelle chez les jeunes adolescents. 

Propos recueillis par Carla Hajj