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«J’ai 21 ans. Depuis 4 ans, je sais que je ne suis pas comme les autres filles. Je l’ai découvert à l’occasion d’une soirée passée à la maison avec une amie que j’avais invitée à dormir chez moi, ce que je faisais souvent, de manière tout à fait anodine.
Ce soir-là, ma vie a basculé. Cette amie, qui couchait souvent à la maison, a passé la soirée devant le miroir à jouer avec ses cheveux. Tout à coup, elle s’est retournée et m’a regardée fixement et sans embarras tandis que je me déshabillais. Elle a évoqué le désir qu’elle avait toujours eu pour moi. Son discours m’a à la fois choquée et émue.
Cette nuit-là, il s’est passé quelque chose d’irrésistible. Cette amie un peu plus âgée a insisté pour dormir près de moi. Nous avons échangé des caresses. J’en suis restée très troublée et je ressentais en même temps énormément de culpabilité.
J’avais 17 ans, et très peu d’affinités avec les garçons en général. J’attribuais cela aux nombreux soucis liés à mon adolescence et n’étais pas pressée d’entamer une relation. J’avais en outre été sollicitée par un camarade qui s’était fait très pressant dans ses avances. Il souhaitait avoir très vite des relations sexuelles, que je lui refusais. Une fois, il m’a presque agressée et, prise de peur et d’une sorte de dégoût, j’avais coupé court à ses avances.»
Les débuts d’une relation
«L’aventure avec mon amie s’est répétée plusieurs fois et nous avons fini par nous déclarer que nous voulions devenir un vrai couple. Nous sortions ensemble, discrètement bien sûr, comme de simples copines, faisions nos achats, choisissant même nos sous-vêtements dans la perspective de nos ébats.
La relation avait très bien commencé. Il était facile de cacher notre secret puisque personne n’allait se douter que deux copines pouvaient s’adonner à ces jeux interdits.
Un jour, cependant, un drame a éclaté: ma mère nous a surprises au milieu d’une étreinte un peu trop serrée.
Dès lors, j’ai pris conscience de ma différence, et je me suis mise à ressentir encore plus de culpabilité à chaque rencontre. L’histoire a fait du bruit. Mes parents défilaient dans ma chambre pour me sermonner, me supplier, me punir… Il a été évidemment établi qu’on ne verrait plus cette amie chez moi.
Notre relation ne s’est pas arrêtée pour autant. Il est facile de prendre la même chambre d’hôtel quand on est deux jeunes filles, ou d’avoir accès à un chalet sans se cacher.»
La première rupture
«Nous sommes restées ensemble pendant deux ans, avec autant de bonheur. Notre relation s’est même affinée, au niveau sexuel. J’étais vraiment amoureuse et, surtout, très jalouse de toutes les femmes qui pouvaient approcher ma copine. Nous dînions ensemble, sortions régulièrement et échangions des cadeaux, à l’insu de nos parents. Je ne pouvais rester longtemps sans la voir. Elle était devenue mon amour et ma complice.
Mais toutes les belles choses ont une fin. Mon amie s’est avérée être plus volage que moi. Elle avait trouvé une autre partenaire et a voulu rompre. J’étais brisée. Si bien que j’ai pensé mettre fin à mes jours. J’avais 19 ans.
Je me suis remise finalement de cette rupture, mais je garde de cette première relation un souvenir très troublant. Avec le temps, mon penchant homosexuel s’est affirmé. J’ai commencé à regarder d’autres femmes.»
Un lourd secret
«Aujourd’hui, je sors avec l’ex-petite amie de ma première relation. Entre lesbiennes, nous finissons par nous retrouver et nous reconnaître. Il suffit que l’on se présente l’une à l’autre et le groupe se constitue très vite. J’ai découvert aussi des sites Internet qui nous permettent de nous rencontrer. Je ne sais pas s’il existe comme pour les hommes homosexuels des clubs ou des lieux de rencontres réservés aux femmes. Les lesbiennes sont bien plus discrètes que les hommes au Liban.
Je ne regrette pas mon penchant. J’ai cependant énormément de peine pour mes parents qui sont très déçus. J’estime personnellement être très mal comprise. D’ailleurs, en toute confiance, quand j’ai réalisé mon homosexualité, je me suis empressée de révéler mon secret à mes proches amis. Vous seriez étonnés de l’attitude négative et réprobatrice de la majorité d’entre eux. Beaucoup m’ont fuie comme la peste. Ceux que je croyais proches de moi me regardent encore aujourd’hui comme une bête curieuse.
Pourtant, je n’ai rien fait pour être ainsi. Je ne peux combattre mes sentiments et ne le souhaite pas. Je n’ai aucun regret, mais seulement beaucoup d’amertume.
Cette intolérance me déçoit. Le temps et l’expérience m’ont appris à me montrer beaucoup plus discrète. Et il m’arrive de ressentir une profonde solitude.
Aujourd’hui, je suis comblée par ma nouvelle relation. Mais je continue à éprouver énormément de culpabilité. Comment j’envisage l’avenir? Je n’ai aucune perspective particulière. Je pourrais, pour mettre fin au désarroi de mes parents, me marier pour des raisons sociales, mais je ne serai pas heureuse.
J’aurais préféré être acceptée comme je suis. Personnellement, je ne me sens pas anormale. Pour moi, c’est comme naître blond ou brun. »
«Il n’y a aucune différence entre l’amour qui me lie à ma copine et celui d’un couple hétérosexuel. Nous nous aimons, tout simplement. Comme eux, nous avons hâte de nous retrouver, de nous embrasser et nous échafaudons déjà des projets de vie commune.
Personnellement, j’apprécie les femmes fidèles. J’ai toujours été fidèle moi-même. Ma compagne me reproche seulement d’être un peu trop jalouse. Je sors mes griffes quand une autre femme se montre trop avenante. J’estime être très chanceuse d’avoir trouvé l’âme sœur.
Aujourd’hui, je souhaite vivement pouvoir, pour être en paix avec moi-même, partir vivre avec ma compagne, dans un pays où nous serions acceptées dans notre différence.»
Témoignage recueilli par Isabelle Ghanem
Regard de psy sur l’homosexualité féminine
Dans son ouvrage, «Un psychanalyste sur le divan», J.D. Nasio se penche sur l’homosexualité féminine. Extraits...
«Il existe deux sortes d’homosexuelles: celles qui s’affirment très tôt et qui ne changeront jamais - généralement des femmes d’allure masculine. Et celles qui ont été hétérosexuelles puis lesbiennes, et qui peuvent retrouver leur hétérosexualité.
Les premières ont horreur de l’homme, qu’elles imaginent obscène et brutal. Elles s’approprient la virilité; elles s’identifient à une figure hybride composée d’une part mâle et d’une part maternelle. Ces femmes viriles jouent le rôle de la mère masculinisée et font jouer à leur protégée le rôle d’une petite fille tendrement aimée.
L’autre mode d’homosexualité pourrait être qualifié de type féminin. Ces femmes ayant vécu des expériences hétérosexuelles, mariées, souvent avec enfants, sont déçues par un homme et s’éprennent d’une partenaire douce et forte à la fois. Si la passion s’éteint, ces homosexuelles à caractère féminin s’engagent avec un homme.
Malgré leur réciprocité, ces deux catégories de femmes ne forment pas toujours un couple. Beaucoup de relations homosexuelles sont fondées sur des motivations plus complexes et subtiles.
Ce qui me frappe le plus dans le lien amoureux entre femmes, dit encore Nasio, c’est qu’il se noue avec une tendresse infinie, une nostalgie et une mutuelle faiblesse.
Au contraire des homosexuels hommes, deux femmes s’unissent autour d’un manque, et goûtent, comme l’a si bien dit Colette, l’amer délice de se sentir semblables, insignifiantes et oubliées.»
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