Nada Kano
Le saut de l’étoile

Au fil des ans, Nada Kano a réussi à créer de nombreux spectacles avec l’aide de grands chorégraphes qui ont accompagné sa carrière tels que Frederik Lazzarelli ou Raza Hammadi. Ces spectacles-là, «Solitude et rencontre», «Du côté des chorégraphes» ou «Point de repère», ont déjà marqué les mémoires, donnant ainsi une raison suffisante au projet ambitieux de Nada Kano d’exister: créer une compagnie libanaise de danse. On ne peut qu’y adhérer.

La danse n’est pas une sinécure. C’est une discipline aussi exigeante pour le corps que pour l’esprit, plus difficile et moins facilement gratifiante que n’importe quel art. Des danseuses étoiles, on en compte sur le bout des doigts. Etant d’abord un état d’esprit qui exige discipline et ténacité, la danse peut s’avérer très vite être une activité frustrante si on ne trouve pas sa propre force intérieure, sa propre petite étoile pour laquelle on décide de se battre. C’est un rapport à soi qui pousse à se dépasser tous les jours avant d’arriver au stade où la grâce d’un mouvement l’emporte sur la torture de sa mise en place.

La vocation
Cette petite étoile intérieure, Nada Kano l’a trouvée très tôt. Eblouie par Margot Fonteyn et Noureev dans un ballet de «Roméo et Juliette», elle s’est mise en tête que la danse serait sa vie. Après onze années de formation avancée à Cannes et à Paris, elle se lance dans l’enseignement dès 1988, et crée en 2003 son projet, Beirut Dance Cie. Son parcours initiatique lui a donné l’occasion et la chance de côtoyer les plus grands noms de la danse tels que Rosella Hightower, Yves Casati, Frederik Lazzarelli, Anne Meteir…, se perfectionnant ainsi à un rythme de travail effréné, tous les jours un peu plus dans les écoles professionnelles de danse telles que le Centre de danse du Marais, à Paris, la salle Pleyel, le Centre des arts chorégraphiques ou l’Ecole de danse Alvin Ailey, à New York. De 1998 à 2003, alternant enseignement et stages, elle confirme alors sa vocation d’enseignante, se forgeant ainsi une belle réputation dans le milieu professionnel et auprès de ses petits élèves libanais. Après avoir intégré l’Espace Danse aux Jardins de Tabaris, elle s’offre aujourd’hui un studio à la mesure de son engagement et de sa passion, à la Corniche du fleuve, le Beirut Danse Studio, un espace à la fois spacieux et convivial, coloré et lumineux, qui donne envie de se mettre à la danse aussitôt qu’on y entre.

La mission de la Compagnie Beirut Dance
Comme toutes les grandes âmes passionnées, Nada est une perfectionniste, donc forcément aussi un peu angoissée de ne pas réussir à communiquer à ses élèves ce qui pour elle est le moteur de sa vie. Son exigence ressort d’autant plus lorsqu’elle ressent, comme c’est souvent le cas à l’adolescence, de la démotivation dans l’air. Sa mission consiste à aider les jeunes danseurs à trouver cette petite étoile intérieure, à la faire vibrer, et surtout à la faire durer de l’enfance à l’âge adulte. C’est pourquoi, mue par l’énergie de placer le Liban à un niveau international, et étant donné qu’elle ne peut compter sur aucune initiative de la part du gouvernement, elle s’est lancé le défi ambitieux et capital de créer la première véritable compagnie libanaise de danse contemporaine, basée sur des techniques de danse contemporaine et classique, dont le but est de permettre aux danseurs d’envisager un avenir dans ce domaine.
Créer une véritable compagnie de danse fonctionnant selon les normes d’une véritable structure professionnelle avec sa troupe de danseurs réguliers, des spectacles et des performances annuelles, des stages et des formations menés par des professionnels étrangers, voici le projet qu’ambitionne de lancer Nada Kano. Il va sans dire qu’un tel projet nécessite un support financier important. Ainsi, la troupe, composée d’un nombre égal de filles et de garçons, compterait 10 danseurs engagés selon un système d’audition professionnelle et rémunérés par un salaire annuel. Elle suppose également l’engagement d’un maître de ballet étranger totalement dévoué à la troupe, des professeurs de danse contemporaine et un administrateur capable de gérer la création des performances artistiques, des stages, des relations publiques et des voyages. L’objectif de ce projet à long terme serait également de créer une véritable école de danse attenante à la Compagnie, adressée aux danseurs qui désirent faire carrière.

Maya Trad